SCÈNE III
KENT, LEAR, ses chevaliers, ses écuyers et ses pages.
LEAR, gaiement.
Faites servir! — Que je n'attende pas
Un instant. — Le dîner!
Apercevant Kent, qui le salue à quelque distance, sans approcher.
Qui donc es-tu, là-bas?
Parle.
KENT, saluant de nouveau.
\]n homme, seigneur.
LEAR, lui faisant signe d'approcher.
Qu'est-ce que tu sais faire?
Et que veux-tu de nous ?
KENT
Je sais, pour toute affaire, N'être point au-dessous de ce que je parais; Servir loyalement ceux dont j'ai les secrets; Aimer les braves gens, pour eux me mettre en quatre; Et, quand je ne puis faire autrement, bien me battre.
LEAR
Ton nom ?
KENT
Caïus.
LEAR
As-tu de quoi vivre, dis-moi ?
KENT
On vit toujours. —Je suis pauvre... comme le Roi.
LEAR, secouant la tête.
Je te plains. — Qui veux-tu servir?
Vous.
LEAR
Sans connaître Qui je suis ?
KENT
J'aimerais à vous appeler maître...
Car vous avez, seigneur, — je dis la vérité, — Quelque chose dans l'air...
LEAR
Quoi donc?
KENT
L'autorité.
LEAR, lui frappant sur l'épaule.
Je te crois de l'esprit^ du cœur, et point de vice. — Tu ne quitteras pas de sitôt mon service, Si tu me plais après dîner tout comme avant. —
Avec impatience.
Le dîner, vite. . . allons ! . . .
A quelques personnes de sa suite.
Et mon petit savant.
Mon fou, qu'on me l'envoie.
Un page sort.
Entre Oswald, d'un air affairé; il passe sans regarder personne.
LEAR, à Oswald.
Eh! vous, le majordome.