ACTE II
LEAR, fâche et riant tout à la fois.
Attends, fripon!...
M cherche à saisir le bouffon qui s'esquive adroitement, et qui revient
presque aussitôt.
LE BOUFFON
Il n'est plus à craindre, — il a ri.
LEAR
Depuis quand sais-tu donc tant de choses?
LE BOUFFON
Compère, Depuis que le vieillard a res filles pour mère; Depuis qu'entre leurs mains un beau jour il a mis Des verges, pour fouetter leur père très-soumis.
A Lear qui recommence à menacer. Je t'en conjure, trouve un précepteur qui songe A perfectionner ton fou dans le mensonge! Je voudrais de bon cœur, noncle, apprendre à mentir.
LEAR
Si tu mens, tu seras fouetté.
LE BOUFFON, soupirant.
Je suis martyr!
Il est très-étonnant, et cela m'embarrasse. Que tes filles et toi soyez de même race; Je ne vois entre vous qu'une conformité : Quand je dis vrai, — je suis par leurs pages fouetté, — Par les tiens, si je mens... J'en aurai le vertige! Et pour n'avoir rien dit, souvent on me fustige. —
J'aimerais bien mieux être autre chose qu'un fou!... Mais je ne voudrais pas ta tête sur mon cou, Noncle, — car ton bon sens a pris une tournure!... Tu Tas tant rogné...
Apercevant Gonerille qui entre.
Tiens! j'en vois une rognure!