‹ ThéâtreChapitre 119 sur 201 · ACTE II. lyi · texte numérisé non relu

ACTE II. lyi

Montrant Lear à Kent.

Cet homme que tu vois, C'est une coque vide, — on a mangé la noix.

GONERILLE, à I.ear

Ce n'est pas seulement ce bouffon qui nous brave ;

Mais parmi votre suite, et l'injure est plus grave,

Bien d'autres impudents, sans frein dans leurs discours,

Et trouvent à redire, et querellent toujours! —

A rétablir la paix il faut pourtant qu'on m'aide.

Seigneur, j'avais pensé que le plus sûr remède

Était de vous donner connaissance de tout;

Mais je crains fort, depuis quatre ou cinq jours surtout,

Que, les encourageant vous-même à la licence,

Vous ne leur prescriviez la désobéissance.

S'il était vrai, — ce tort vous ferait peu d'honneur ;

Et nous serions forcés d'agir enfin, seigneur!

Car, noncle, vous savez : — l'histoire est peu nouvelle, -- Le passereau nourrit si longtemps le coucou, Que les petits lui plumèrent le cou.

Et lui mangèrent la cervelle.

Puis, ce refrain de nos cantons :

Sans lanterne on marche à tâtons.

LEAR, troublé.

Êtes- vous notre fille?

GONERILLE,

Allons! montrez-vous sage;

lyô LE ROI LEAR.

Ce noble esprit, seigneur, faites-en quelque usage, — Et trêve à ces courroux fantasques, superflus, Qui font que vos amis ne vous retrouvent plus.

LE BOUFFON

Tiens! tiens! quel changement de rôle!

La charrette à présent qui traîne le cheval! — Son antique rival.

L'âne, ébahi, n'en revient pas. C'est drôle!

KENT, à part.

Pauvre maître!

LEAR, avec une sorte d'égarement.

Quelqu'un me connaît-il ici? — Ce n'est point Lear! — Oh ! non! — Lear marche-t-il ainsi?— O Lear, où sont tes yeux? Parles-tu de la sorte? — Au fond de ton cerveau l'intelligence est morte, Ou ton discernement est frappé de torpeur?

Avec angoisse.

Grands dieux! Suis-je endormi?... Suis-je éveillé?... J'aipeui — Cela n'est pas! — Qui suis-je enfin?... Lear, ou son ombre Je voudrais le savoir... Quelque chose de sombre, Là, dans mes souvenirs, — et ce titre de roi Me ferait croire, à tort, que j'eus des filles, moi!

LE BOUFFON

Des filles qui rendront leur père raisonnable.

LEARj plus égaré.

Votre nom, belle dame?

GONERILLE.

Oh! c'est impardonnable!,..

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