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ACTE III. 2o

De soulever la mer, et d'engloutir le monde, Afin que, sous le poids de l'énorme océan. Tout change sur la terre, ou retombe au néant! Dans cette nuit terrible, où l'ourse prisonnière, Au sein vide, épuisé de lait, dans sa tanière. Tremble avec ses petits!... lui, sous les tourbillons Et de pluie et de vent, sinistres bataillons. Qui vont s'entre-choquant dans l'orageuse nue, Insultant à leur rage, il cOurt, la tête nue !

KENT

Qui l'accompagne?

LE CHEVALIER

Hélas! seulement son bouffon!...

Une chose, un hochet qui le console !

KENT

Au fond De cette chose, un cœur! — Monsieur, vous êtes brave, Loyal, je vous confie une affaire, — elle est grave. Entre ces ducs jaloux règne un sombre discord. Que les plis de la ruse enveloppent encor; Mais bientôt nous verrons se déchirer le voile. — Comme tous ceux qu'au trône a portés leur étoile. Ils ont des serviteurs, infidèles agents. Non moins fourbes qu'eux-même, et plus intelligents. Je n'ai pas eu besoin d'apprendre au roi de France Et nos divisions, et la sourde espérance Que nourrit dans son cœur ce duc ambitieux, Cornouailles, qui veut régner seul... Je fais mieux! m. i8

2o6 LE ROI LEAR.

Et lorsque arrivera l'heure enfin de paraître,

Fidèle à mon serment, fidèle au Roi mon maître,

Je viendrai, mais alors vaillamment escorté,

Revendiquer les droits de ce maître insulté. —

La P>ance arme déjà : trop longtemps prisonnières,

Nos âmes, nos cités, au vent de ses bannières.

Au souffle généreux de ses mille clairons,

Vont s'éveiller... Oh! oui, nous nous réveillerons! —

Secondez-moi; courez à Douvrel... et là, je pense,

Votre loyal service aura sa récompense,

Quand vous raconterez à quelqu'un les malheurs

De l'auguste vieillard, et toutes ses douleurs!

Je suis bon gentilhomme, allez, sans le paraître;

Et, m'adressant à vous, je dois bien vous connaître.

LE CHEVALIER, hésitant.

Puis-je, sans voir le Roi?... J'ignore votre nom;

KENT

Oui, vous doutez un peu de votre compagnon?..; Ma chétive apparence.;. Aujourd'hui l'on soupçonne Tout le monde!... On fait bien; — Voyez cette personne, Voyez Cordélia! — ?vIonsieur, vous la verrez, —

Lui donnant un anneau.

Montrez-lui cette bague, — et d'elle vous saurez Qui je suis.

LE CHEVALIER

Votre main!

Ils se serrent la tnaîn.

KENT

Partez donc, — bon courage! —

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