ACTE III. 2i
LEAR, au mendiant.
As-tu donc, malheureux, tout cédé A tes filles pour être à ce point dégradé?
KENT, à Lear.
C'est quelque mendiant, logé dans cette hutte. — L'indigence, le froid, la faim le persécute, Ce pauvre lunatique en proie à tous les maux. Qui va, tendant la main, de hameaux en hameaux,
LE MENDIANT
L'aumône au pauvre Tom, que les démons infâmes. Sous la pluie et le vent, parmi l'onde et les flammes, Promènent, s'acharnant à ses pas fatigués. Par-dessus les marais, les torrents et les gués ! Ils ont mis des couteaux sous les draps de sa couche ; Ils l'ont gonflé d'orgueil; et^ cavalier farouche, ' Ils l'ont fait galoper, en franchissant le val, Sur un fil d'araignée où courait son cheval, Et poursuivre, à travers les défilés sans nombre, Un assassin fuyant, qui n'était que son ombre! —
Grelottant.
Oh l oh ! oh !.. . Tom a froid !.. ; Plus de coursiers fringants. Te préserve le ciel du fouet des ouragans. Des astres ennemis et du noir sortilège! — L'aumône au pauvre Tom que le démon assiège!... Il est làl — Tenez, là!... puis là... puis encor là!
LEAR
Ses filles ont réduit cet homme où le voilà!
Au mendiant.
Tu leur as tout donné?
LE BOUFFON
Moins cette couverture.
Sans quoi, nous rougirions devant la créature,
LEAR, au mendiant.
Puissent tous les fléaux, qui, des cieux entr'ouverts, S'élancent, foudroyant la tête des pervers, P'ondre en noirs bataillons sur tes filles sans âmel
KENT
Mon bon maître, il n'a pas de filles.
LEAR, avec fureur.
Traître infâme!
Rien, te dis-je, non, rien que des enfants ingrats N'a pu faire tomber un être humain si bas!.,.. Les pères qu'on renie, et qu'à la porte on jette, Voilà comme aujourd'hui leur propre chair les traite. C'est juste... Elle vous a produites, cette chair, Filles de pélican!...
LE BOUFFON
Les enfants coûtent cher!
LE MENDIANT, désignant quelque cliose au loin.
Sur le roc
Morne et chauve, *
Pillicock,
Vieux loup fauve,