ACTE IV
De le sauver, ou bien de mourir!... Des amis, Des amis dévoués autant que je puis l'être, Veillent, silencieux, au chevet de mon maître...
CORDÉLIA, inquiète.
Au chevet?
KENT
Il repose. — Infortuné vieillard!
Tout ce qu'il a souffert, vous le saurez plus tard, Madame... C'est affreux!
CORDÉLIA. r
O mon père, mon père!,., Et je n'étais pas là, partageant ta misère!
KENT
Tant mieux! Vous n'auriez pu que répandre des pleurs ! Votre présence était plus nécessaire ailleurs. Soyez bénie !
CORDÉLIA, suppliante.
Oh! parle, ami, je t'en conjure... !
Sa vie est menacée encor?...
KENT
Non, je vous jure !
Le danger n'est pas là... Bientôt la guérison. Mais quel ébranlement encor dans sa raison !.., Un savant médecin, de grande expérience, Est près de lui. — Qui sait? Peut-être la science... Espérons! — Maintenant plus d'accès furieux; Un égarement triste et calme.
CORDÉLIA
Dieux! grands dieux!
Ayez pitié de nous!
KENT à part.
Hélas!
Haut.
Tout se décide.
Depuis une heure, il a quelque moment lucide :
Nous lui parlons de vous, madame. — Mais son front
Penche, et tombe accablé comme sous un affront!
Il se rappelle alors combien il fut injuste
A votre égard...
CORDÉLIA, avec un sanglot.
Jamais!...
KENT
Le maître est plus auguste Qui rougit de sfs torts! — Madame, il se repent. Et l'affreux souvenir est là, comme un serpent Qui lui ronge le cœur! — Il sait qu'il est à Douvre; Mais qu'on vous nomme, alors de ses deux mains il couvre Son visage, -— il soupire, et dit « Cordélia ! » Le seul nom que jamais peut-être il n'oublia!... Puis son regard se trouble, et s'attache à la terre... Des larmes, des sanglots!... on tremble, il faut se taire, Et c'est navrant! — La honte enfin, le désespoir Fait que, jusqu'à présent, il ne veut pas vous voir.
CORDÉLIA, avec une inflexion déchirante.
Il ne veut pas me voir! ... Il veut donc que je meure?