ACTE IV
* Il me semble... Voyons !
Détachant une épingle de ses vêtements.
Je sens bien la piqûre
* De cette épingle... Il faut pourtant que je m'assure...
* Regardez-moi, seigneur, pour mieux vous souvenir!
Se jetant aux genoux du Roi.
Père, étendez sur moi vos mains pour me bénir!...
Voyant que Lear se dispose à s'agenouiller lui-même devant elle. Non! non! C'est moi qui tombe à vos pieds que j'embrasse! C'est moi seule qui dois m'agenouiller!...
LEAR, joignant les mains.
Oh! grâce 1
Oh! ne vous moquez point!... c'est mal! Quatre-vingts ans
Sur ma tête, — ni plus, ni moins, — sont bien pesants!...
Et puis, à dire vrai, je crains de ne pas être
' t)ans toute ma raison...
Regardant tour à tour Cordélia et Kent attentivement. Oui, je dois vous connaître.
Et connaître cet homme? — Et je doute pourtant... '' Car j'ignore où je suis... Tout est vague, flottant... J'ai beau faire, et creuser ma mémoire, — j'ignore Oili j'ai passé la nuit...
1 A Cordélia avec hésitation.
I Vous allez rire encore...
Aussi vrai que je suis homme, — je crois voir là...
Voir mon enfant! — ma fille. . Oui, ma Cordélia!... I CORDELIA, éclatant en sanglots.
C'est moi!... C'est votre enfant!...
LEAR, la tenant pressée contre son cœur.
Vos larmes mouillent-elles?...
Avec surprise.
Oui ! oui!
Lui passant la main sur les cheveux.
Ne pleure pas!... Allons! —
Avec douleur.
Tu me rappelles Des choses... Qu'ai-je fait?... mon cœur saigne, navré 1 — Donne-moi du poison! Donne, je le boirai! Je sais que tu me hais... %
CORDÉLIA
Je vous aime!...
LEAR
Impossible! 1
Car tes sœurs... I
Une main sur fsa poitrine.
La blessure est là, toujours sensible!
Autant qu'il m'en souvient, là, s'adressaient leurs coups! Vous avez des raisons pour ne pas m'aimer, vous! Je comprends... Mais vos sœurs,— elles n'en ont aucune!
CORDÉLIA, avec effusion.
Ni moi, je vous le jure. Oh! pas une, pas une!
LEAR, mystérieusement.
Dites-moi donc? ou suis-je? — En France, n'est-ce pas?
CORDÉLIA
Non, — dans votre royaume, en vos propres États, Sire.