ACTE V
Le vieillard à genoux te dira, lui : Pardonne! —
Ainsi, n'ayant plus rien à craindre, à souhaiter,
Nous passerons la vie à prier, — à conter
De vieux contes, — à rire au phalène qui passe,
Tourbillon d'or, si vite effacé dans l'espace,
Comme ces courtisans qui ne brillent qu'un jour ! —
Ils nous diront, ceux-là, ce qu'on fait à la cour;
Qui de vous monte, — ou tombe, ô puissants de la terre!
Et les choses pour nous n'auront plus de mystère,
Comme si nous étions les confidents des dieux!...
Et de notre cachot nous verrons, sous nos yeux,
Rouler, comme la vague au pied des sombres dunes,
Le flux et le reflux des changeantes fortunes!
— Enfant, tu pleures?
CORDÉLIAi avec un sourire.
Non, je suis heureuse!...
LEAR, contemplant sa fille avec ivresse.
Et moi !...
CORDÉLIA, à part, les yeux vers l'horizon.
France, viens délivrer mon père! — Hâte-toi !
LEAR
Pauvre fleur, en tombant, je t'emporte à l'abîme!
La pressant sur son cœur.
■ O noble sacrifice ! ô dévouement sublime l Les dieux mêmes, les dieux sur vous jettent l'encens! Je l'ai donc retrouvée!... O dieux compatissants, Merci!... Mon front penché sur elle se repose!... Rien ne peut désormais nous séparer! — Qu'on l'ose!..;
Oh ! malheur à celui qui l'oserait !... Mes bras T'enveloppent ! — Jamais tu n'abandonneras Ton père, ô mon enfant!... N'est-ce pas?
CORDÉLIA
Je le jure!
LEAR
Et maintenant, fléaux de la sombre nature, Essayez!.,. Je vous mets au défi, terre et cieux. D'arracher une larme, une seule, à mes yeux! — Viens, ma fille !
OSWALD, au capitaine de l'escorte.
Au donjon!
Indiquant la poterne. Par là. — Je vais vous suivre.'
Lear et Cordélia sortent par la poterne, avec les gardes.
CORNOUAILLES, à Oswald.
Je cesse de régner, s'ils ne cessent de vivre!
OSWALD
C'est dit.
CORNOUAILLES
Mais point de sang, Oswald! —Elle, d'abord!... Avec une intention jnarquée.
Souvent, dans un cachot, on se donne la mort... Aucune preuve.
OSWALD
Et lui?...
CORNOUAILLES
Sur toi je me repose :