ACTE V
Dans un cercle de fer par la nôtre enfermée, Tremble! — Te voilà seul, tu n'as plus un soldat : Longtemps neutre, Albany fuit ta cause, — et combat Avec nous!... Maintenant, une troupe fidèle, Du côté de la mer, force ta citadelle. — •
Montrant la mer.
Regarde tout là-bas, à l'horizon !
CORNOUAILLES
Enfer !
KENT
C'est la France qui vient!
CORNOUAILLES
Trop tard!...
KENT
Songe à Gloster! — Parjure envers les dieux, parjure envers les hommes,* Parjure envers ton roi!... Parricide!... Nous sommes Bien seuls ! Dieu pour témoin ! — Dans l'ombre, sans clameurs, Combattons!
CORNOUAILLES, fondant sur Kent.
Sans pitié ni merci!
Ils combattent avec acharnement. Cornouailles tombe.
CORNOUAILLES, blessé.
Ah!,.. Je meurs! — Mais je ne meurs pas seul!...
Montrant la citadelle.
Là-bas, deux agonies Râlent en ce moment... ou plutôt... sont finies!...
Le Roi... sa fille...
Dieux!.,. Vite aux prisons!... Jecours...
D'une voix forte.
Des haches! des leviers!... Au secours! au secours!...
Il s'est élancé vers le château fort. — Goneriile soit précipitamment de la tente. — Elle volt Cornouailles, un genou en terre, appuyé d'une main sur son épée.
GONER'.LI.E, penchée sur Cornouailles.
Blessé! mourant!... — Qui t'a frappé?...
CORNOUAILLES
Kent !
GONKRILLE.
Ta main!... Vite!
Relève-toi!
CORNOUAILLES, la repoussant avec horreur. Va-t'en!...
• GONERILLE.
Non !
CORNOUAILLES, d'une voi.K éteinte.
Va-t'en!... Sois maudite!...
Il expire.
GONERILLE, avec désespoir.
Perdue!... Il faut mourir!. .
Elle sort dans un égarement furieux.
Le théâtre se remplit de soldats et de peuple. Cornouailles disparaît un instant derrière les groupes. On l'emporte. — Le jour est venu peu peu ; on voit le soleil iqui se lève sur la mer. Partout ces cris : Vive Lear! Vive Cordélia! — Les portes du château fort sont brisées.