ACTE V
A Kent, avec amertume.
Tu vois?...
Sa tête maintenant retombe appesantie...
Si lourde!... — Elle est partie! Oh! pour jamais partie!... — Cordélia!... ma fille!... Attends!... attends un peu!...
Prêtant l'oreille.
Hein? Qu'est-ce que tu dis?— Froide! Elle a froid ! — Du feu !
Un silence.
Sa voix calme, sa voix pure comme son ame, Parlait si doucement!... comme il sied à la femme!...
Avec terreur.
Mais j'ai bien entendu!,.. C'est moi qu'elle appelait!...
Se levant furieux, puis retombant.
J'ai tué l'assassin, qui déjà l'étranglait! — Je l'ai tué!
LE CHEVALIER
C'est vrai! le bourreau de sa fille, 11 l'a tué!... C'était l'agent de Gonerille, i; Ce misérable Oswald !
ALBANY, montrant Lear qui vient de se jeter avec frénésie sur le cadavre.
Voyez!...
KENT, à part.
Mon cœur se fend!
0 Kent! regarde, — et meurs!...
LEAR, tenant toujours embrassée Cordélia.
Ainsi, ma pauvre enfant!
Je n'ai pu la sauver! — Morte! — Ils me l'ont ravie !...
L'être le plus chétif, un insecte, a la vie!...
Et toi, pas même un souffle... Oh! oh! — toi que j'aimais,
Tu ne reviendras pas!..-. Jamais! jamais! ja-mais!...
A Kent.
Dégrafez ce manteau. — Ma vue est obscurcie!... J'étouffe... Dégrafez. — Bien. — Je vous remercie,.. Bien. — Je suis mieux...
Montrant le cadavre.
Tenez ! . . . tenez ! . . . Regardez-la ! . . . Ses lèvres... Regardez... là, — là!... Regardez!... — là!... Il colle ses lèvres sur celles de Cordélia, et meurt.
ALBANY, à Lear, qu'il soutient dans ses bras. Oh ! . . . revenez à vous !
KENT
N'arrêtez point son âmel...
Et laissez-la partir, puisque Dieu la réclame.
Se penchant sur Lear.
Toi, qu'a purifié l'âpre douleur, — adieu!... Remonte, ayant souffert, remonte en paix vers Dieu !
Toute la foule, chevaliers, peuple et soldats, s'agenouille.