ACTE V. io
Pour battre la campagne, envoie aux environs
De nombreux cavaliers!.,. Et pendez les poltrons. —
Mon armure!
Seyton la présente à Macbeth, qui, en proie à une sorte de délire, la prend et la lui rend plusieurs fois.
Docteur, comment la reine est-elle?
C'est une fièvre d'âme, et non de corps; mais telle Que la reine ne peut trouver aucun repos.
MACBETH
N'as-tu pas le secret de faire un cœur dispos,
D'extirper du chagrin la profonde racine,
De purger le cerveau d'une ombre qui fascine.
Et dissoudre au moyen d'un élixir d'oubli
Ce fardeau monstrueux dont le cœur est empli ?
LE MÉDECIN
Le malade, en ce cas, doit se traiter lui-même.
MACBETH, avec fureur.
Aux chiens ta médecine alors!... Fuis! — Anathème !
Le médecin se retire.
Les thanes aujourd'hui me tournent les talons!
A Seyton.
Me la donneras-tu cette armure? — Oh !... félons!
Aux officiers.
Vous, plantez nos drapeaux, dehors! sur chaque porte! Le cri de guerre, c'est : Ils viennent ! — Mais qu'importe ? Mon château fort se rit d'un siège... Laissons-les; Que la fièvre et la faim dévorent ces Anglais ! S'ils n'étaient renforcés par la moitié des nôtres,
!06 MACBETH
Nous les irions trouver, face à face, nous autres, Et nous les pousserions chez eux, tambour battant!
CRIS PLAINTIFS, venant de l'appartement de lady Macbeth.
Mon Dieu!... Mon Dieu!...
Des cris de femme?...
Sur un signe de Macbeth, Seyton sort à droite.
J'ai pourtant Presque oublié le goût de la crainte... Naguère, Mon âme eût frissonné comme une âme vulgaire D'entendre un cri nocturne, et mes cheveux souvent S'agitaient comme si chacun d'eux fût vivant! Je suis rassasié d'horreurs!... Les plus atroces, Familières enfin à mes pensers féroces,
N'ont plus rien qui m'étonne...
Seyton rentre.
Eh bien, ces cris, pourquoi?
SEYTON
Sire... la reine est morte! ^
I. Voici un sens beaucoup phis littéral, mais peut-être moins dramatique dans la situation :
SEYTON
Sire, la reine est morte!
MACBETH
Avant l'heure ! — Mais quoi !
Le moment-vient toujours !... Plus tôt, plus tard, — qu'importe? De jour en jour, au gouffre où le temps les emporte S'en vont, à petits pas, demain! demain! demain!..,