SCÈNE III
KENT, GLOSTER , barbe blanche, figure pâle et souffrante. GLOSTER, avec une émotion profonde.
Cher comte!..,
KENT
Mon bon, mon vieil ami !
Ils tombent dans les bras l'un de l'autre avec effusion.
Quel bonheur !... Je vous vois!
GLOSTER.
Cette loyale main, voilà plus de six mois Que je ne l'ai serrée ! . . .
KENT
Oui, loin de nos intrigues.
Des adulations, des complots et des brigues. Vous vivez comme un sage !
GLOSTER.
Au fond d'un vieux manoir, Triste comme mon cœur... Dans ce cœur tout est noir!... Vous savez? n'est-ce pas, ami?...
KENT
L'ingratitude D'un fils!...
i3ô LE ROI LEAR.
GLOSTER.
Je l'aimais tant!.., A mon âge... c'est rude! .. Un fils ingrat ! — Le Ciel lui pardonne, — il est mort! — Mais que se passe-t-il ? Parlons du Roi, d'abord. Je ne sais rien. — Le Roi m'a mandé... La souffrance Me retenait.
KENT
Depuis trois jours, le roi de France Est notre hôte.
GLOSTER.
Cher Kent, je l'ai su vaguement.
Mais qu'est-ce qui l'amène ?
KENT
Un grand événement. — Depuis trois jours, quel bruit 1 C'est comme une tempête De musique et de chants, un tourbillon de fête 1 La nuit, chasse aux flambeaux. Du soir jusqu'au matin. Du matin jusqu'au soir, un splendide festin.
GLOSTER.
La joie est de ce monde encore, — c'est étrange !
KENT
Des trois filles du Roi la plus jeune, cet ange ! Cordélia nous quitte, — et peut-être demain.
GLOSTER.
Comment ?
KENT
Le roi de France a demandé sa main.