‹ ThéâtreChapitre 94 sur 201 · ACTE I. i3r · texte numérisé non relu

ACTE I. i3r

KENT

Le Roi ne m'aime plus, cnr seul je lui résiste ;

Moi seul, et son bouffon. — Le reste est à genoux...

Vils flatteurs !...

Ah ! les rois vieillissent comme nous!

KENT

Plus vite. — Maintenant le vertige commence; Et nous arriverons peut-être à la démence !

GLOSTER.

Comme tout est sinistre au fond de l'avenir ! 0 malheureux pays, qu'allons-nous devenir?

KENT

Du courage, Gloster! — Nous, les vieux, les fidèles,

Soyons autour du Roi comme des citadelles.

Fermes, debout, armés!... Car nous, les bons vassaux,

Nous allons soutenir de bien rudes assauts! —

La noblesse aujourd'hui près du trône se range;

Mais les flatteurs sont là, bouches d'or, cœurs de fange!...

Et quand la vérité parle tout simplement,

Le maître n'entend rien que la bouche qui ment!...

N'importe! je dirai, moi, tout ce que je pense ;

Et dût l'exil, la mort être ma récompense.

J'arracherai le masque à ces fourbes, à tous! —

Secondez-moi, Gloster, car j'ai compté sur vous !

GLOSTER.

Merci, Kent ! — mais voyez... ma force est abattue :

Je traîne un souvenir qui m'écrase et me tue!... Que puis-je faire? — Vieux, courbé sous la douleur, Je ne puis que mourir ?... Je suis prêt.

KENT, lui serrant la main.

Noble cœur !

Sons de trompettes.

GLOSTER.

Ces fanfares ?...

KENT

Le Roi... Voici l'heure, on s'assemble.

Le grand rideau s'ouvre et laisse voir une vaste salle d'apparat, trèsrichement ornée. Au milieu, le fauteuil royal placé sur une estrade. ■ Grande porte au fond, portes latérales a droite et à gauche.

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