ACTE I
LEAR
Silence! — un mot, c'est la rébellion! — Oh! ne va pas tenter le courroux du lion! — Dieux! moi qui l'aimais tant!... moi qui voulais, faiblesse! Confier à ses soins mon repos, ma vieillesse ! — Arrière! fuis mes yeux! — Cet enfant criminel, Oh! s'il rentre jamais dans ce cœur paternel, Que sur moi, dieux puissants, votre colère tombe!... Que je ne dorme pas tranquille dans ma tombe ! A deux chambellans.
Allez chercher le roi de France, allez.
A Gloster.
C'est vous
Qui l'accompagnerez, cousin; remplacez- nous. —
Je vous attends.
Gloster et les deux chambellans sortent.
Aux ducs de Cornouailles et d'Albany.
Mes fils, sa part grossit les vôtres.
Le doigt sur la carte.
Prenez encor ce tiers : je l'ajoute aux deux autres;
Montrant Cordélia.
Et que cette franchise, orgueil enfin puni, Serve à la marier ! — Cornouaille, Albany, Je vous cède en commun les droits de ma naissance, ; Et je vous investis de la toute-puissance! — 1 Quant à nous, mes chers fils, avec cent chevaliers Il nous plaît d'habiter vos toits hospitaliers. Un mois chez l'un d'abord,— un mois chez l'autre ensuite ; rî Et vous entretiendrez largement notre suite. Tout ce qu'en abdiquant je réserve pour moi,
C'est un royal cortège avec le nom de roi. — Trésors, pouvoir, — le reste, à vous je l'abandonne. Pour gage, — entre vous deux partagez ma couronne.
Il dépose sa couronne.
CORNOUAILLES, à part.
Enfin !
ALBANY, s'inclinant devant le Roi.
Vous n'aurez point, Sire, fait des ingrats!
CORNOUAILLES, se levant.
Soyez toujours la tête, et nous serons le bras, Sire 1
Il se rassied.
GONERILLE, bas à Cornouailles.
Nous aurons tout!
RÉGANE, à part.
Un seul roi! Cornouailles!
KENT, avec amertume.
Le voilà donc ce jour promis aux fiançailles! • — Auguste Lear, ô vous que j'ai toujours servi ,,
Loyalement!... aimé comme un père, suivi Comme un maître ! — et nommé toujours dans ma prière! Mon Roi!...
LEAR
L'arc est tendu ! — La flèche meurtrière Vole, — ne l'attends pas!...
Qu'elle me frappe au cœur !