‹ ThéâtreChapitre 98 sur 201 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

C'est tout. — Mon cœur n'a pas d'autre langage.

LEAR

Cette froide réponse?... A moi! — Je vous engage

A la modifier... Cette réponse-là

Pourrait vous nuire. Allons, allons, corrigez-la!

Parlez.

CORDÉLIA

Mon bon seigneur, je vous dois la naissance ; Vous m'avez bien aimée J... et ma reconnaissance. Ma tendresse à vos soins paye un juste retour. Moi, je vous obéis; je vous aime à mon tour !... Si vous saviez combien je vous aime et vénère! — Elles disent, mes sœurs, n'aimer rien sur la terre Que vous... Pour tout le reste aversion, mépris! — Alors, pourquoi mes sœurs ont-elles des maris? De ce lien sacré, — c'est dans l'ordre suprême, — Des enfants peuvent naître... On est mère, on les aim?, Il faut bien qu'on les aime ! — Au jour de notre hymen, L'époux, qui de mon cœur recevra cette main, Emportera peut-être, en me nommant sa femme, 'Une part de mes soins, la moitié de mon âme, De mes affections et de mon dévoûment!

Oh! oui, je l'aimerai, seigneur, en vous aimant; Car je n'épouserai personne, je l'espère, O mes sœurs, pour n'aimer comme vous que mon père !

KENT, à part.

Noble fille!

GONERILLE, à part.

Impudente!

RÉGANE, à part.

Elle ose !...

LEAR, à Cordclia.

Mais, dis-moi,

Est-ce ton cœur qui parle?

CORDÉLIA

Oui, monseigneur.

LEAR

Eh quoi!

Si jeune, et si peu tendre ?

CORDÉLIA

Oui, jeune, — franche et vraie.

LEAR, avec fureur.

Que ta franchise alors soit ta dot, et te paye ! -^ Par ce flambeau vivant qui sur nos têtes luit. Parles mystères saints. d'Hécate et de la Nuit^ Par le rayonnement de ces globes de flamme, D'où notre âme jaillit, où remonte notre âme!..; J'abjure ici l'amour, tout cet amour puissant Qui parle dans un père avec la voix du sang; Je brise tous les nœuds sacrés de la famille!... Etrangère à mon cœur, va, tu n'es plus ma iillc!

KENT, s'avançaiit.

Seigneur...

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