SCÈNE DIXIEME
plus d'inquiétude; mais nous en avons eu pendant quelques jours..., moi surtout.
GASTON
Toi?... Et comment cela?
GERMAINE
C'est moi qui vous veillais la nuit.
GASTON
Ah! ce n'était pas ma femme?
Elle l'aurait bien voulu, elle a même essayé d'abord... mais comme sa présence ne faisait que vous exaspérer davantage, le docteur a exigé...
GASTON
Ah! sa présence m'exaspérait? et pourquoi donc?
GERMAINE
Dame, je n'en sais rien, ni vous non plus, sans doute... mais on aurait dit qu'elle vous faisait peur... « Ma femme, di^iez-vous, je lui fais horreur, elle me hait, elle me liait ! Fuyons ! »
GASTON, à part.
C'est vrai! (se rapprochant avec intérêt.) Ah! je disais cela!
GERMAINE
Oh! très-souvent !...
GASTON
Et quoi encore ?
GERMAINE
Vous savez, des mots décousus, comme on en dit quand on a le délire.
GASTON
Mais lesquels?
GERMAINE
« Viens, Maxime, parlons, parlons! »
GASTON , à lui-même.
Oui... Et puis?
GERMAINE
Jo vous le répète, des mots sans suite...
GASTON
Et qui n'offraient aucun sens?
GERMAINE
Aucun sens... Ce serait peut-être trop dire; mais un sens si vague... si bizarre.
GASTON
Dis toujours!
GERMAINE
Knfin, monsieur, il aurait semblé, sauf votre respect... que
VOUS aviez tué quelqu'un !... (Elle rit de son mieux.)
GASTON, uvec joie et d'un ton qui veut dire : je comprends!
Ah!...
GERMAINE, achevant.
Et que vous vous étiez sauvé avec M. Maxime. Mais j'offense peut-être monsieur, en lui disant ça?
GASTON, très-animé et d'une voix étranglée par l'émotion.
Non, Germaine, non; et je te remercie au contraire; je suistrès-heureux de savoir... ce que j'ai rêvé. Parce que, tu-sais, quand on a la fièvre, il est rare que l'on se souvienne ensuite... et l'on se met l'esprit à la torture, pour tâcher de se rappeler... Enfin, je te remercie, ma bonne Germaine, je te remercie.
Oh! il n'y a pas de quoi, monsieur, il n'y a pas de quoi.
(Elle s'essuie le front avec son mouchoir. Henriette paraît à droite.)
HENRIETTE, bas à Germaine en l'interrogeant des yeux plus que de la voix.
Eh bien?... (Germaine fait signe de la tête qu'elle a exécuté ses ordres.)