GASTON, HENRIETTE
GASTON, l'apercevant et allant à elle avec empressement.
Ah! ma chère Henriette!... Que je suis heureux de le revoir
HENRIETTE
Je n'ai pas été absente bien longtemps, mon ami.
GASTON
Oh ! je ne te gronde pas!... J'ai, au contraire, à te demander pardon.
HENRIETTE
Pardon?... et de quoi?
GASTON
Tu as dû me trouver, tantôt, l'air bien préoccupé, bien étrange... Ah! c'est que, vois-tu, j'étais encore sous l'influence confuse d'un rêve épouvantable, qui n'a pas cessé de m'obséder, pendant cette maladie. Ah! c'était quelque chose d'horrible!... Enfin, j'étais convaincu que, l'autre jour, chez Maxime...
HENRIETTE
Oh! oui, un rêve affreux... je sais, je sais!
GASTON
Et ce. n'est pas tout! moi, qui t'aimais... moi qui t'aime 1. Gaston, Henriette,
26 Marcel.
tant, mon Henriette, je croyais que, non-seulement tu ne m'aimais plus, mais que j'étais devenu pour toi un objet d'horreur et d'épouvante... <t je n'avais le droit que d'en gémir, puisque j'avais... puisque je noyais, dans mon délire...
HENRIETTE
Oh! c'est mal, ce que tu dis là!... Et quand même le ciel eûl | u permettre un pareil malheur, est-ce que tu n'aurais pas été le plus à plaindre de nous deux?
GASTON
Sans doute.
HENRIETTE, avec insinuation.
Eh bien, quand on s'aime comme nous nous aimons, est-ce que ce n'est pas à celui qui porte le moins lourd fardeau, à celui dont le cœur est le moins déchiré, à venir en aide à l'autre, à panser ses blessures? Alors, tu comprends bien que, loin de le repousser, de te haïr, je me serais serrée d'autant plus contre ton cœur meurtri.
GASTON, la regardant d'un air inquiet.
Oui... mais pourquoi me dis-tu cela?
HENRIETTE
C'est... c'est que j'ai voulu te convaincre que, quand cet horrible rêve eût été même une réalité, mon amour pour toi n'eût fait que s'accroître de toutes les tendresses de la pitié.
GASTON, avec défiance 1 .
Oui... je comprends, je comprends... Mais où est-il donc?
HENRIETTE
Qui? Marcel?
GASTON
Oui. OÙ est-il? (Avec un grand éclat de voix.) OÙ esl-il? HENRIETTE, montrant la porte do gauche.
Il est là, mon ami; mais... pourquoi?