SCÈNE XII
GASTON, seul. II va ouvrir la fenêtre. —Après un temps, respirant à pleins poumons.
Ainsi, tout cela n'était que fièvre et que fantômes!... Oui, car jamais Henriette ne m'a dit de plus douces paroles, d'une
voix plus tendre et plus émue. Et puis, je l'ai vu, lui, jo viens de le voir encore, là... Car il est là!... Ah! je suis bien
heureu\! Mais je SUIS brisé!... (il s'assied dans un fauteuil devant la
table. — Einininiint quelques livres.) Mes livres, mes vieux compagnons d'hiver. (Fenuietani in revue.) Le roman que j'étais en train de lire... (Parcourant quelques papiers.) Mes fermages de la Saint-Jean d'été... Le renouvellementde bail du père Mathieu... avec une petite diminution, bien entendu!... Il ne sait ni lire, ni écrire, le père Mathieu, mais il sait compter! oh! il compte dans la perfection.
LE PIÉTON, du dehors.
Germaine! (Il parait devunt la fenêtre et dépose des journaux sur la tablette, en disent : ) Les journaux !
GASTON, se levant.
Il me semble qu'il y a longtemps que je n'ai lu un journal...
Au fait, il y a huit jours... (Il parcourt un des journaux. — Après un long temps.) C'est singulier! (Il reprend sa lecture.— Même jeu.) Ail!
c'est bien étrange!... ( n regarde la date du journal.) 3 septembre... 1869!... Comment?... C'est sans doute une erreur...
(Il ouvre successivement d'autres journaux.) Non. .. mais non ! Qu'est-ce
que cela veut dire?... Voyons, voyons, du calme! Marcel est né en 1861... Or, si je m'en rapporte à la date de ces journaux, il aurait huit ans... Et l'enfant que j'ai vu là, tout à l'heure, n'a certainement pas... C'était bien lui, pourtant!... Ah çà, est-ce que j'aurais encore la fièvre, le délire? (Frappant sur les journaux.) Mais non ! ces dates ne sont pas des chimères... Et alors, il faut qu'il y ait là-dessous quelque mystère que je ne puis pénétrer... non... je ne comprends pas... je... Ah! je ne puis rester dans une paveille anxiété. (Appelant, d'une voix éperdue.) Henriette! Henriette!