ACTE PREMIER
l'abbé.
C'est bien dit! (il lui passe son manuscrit.) RENÉE, le parcourant.
Mais, l'abbé, vous avez omis le surnom du sire Alain: on l'appelait Alain... Jambes-Tortes.
l'abbé.
Comment, mademoiselle, est-ce que vous voudriez le peindre d'après la tradition? f
RENÉE
Il faudrait, au moins, indiquer légèrement...
L'ABBÉ
Oh! moi, je lui ferai les jambes droites comme un I.
RENÉE
Pourtant...
l'abbé.
Janiais vous ne ferez croire à personne qu'un Penarvan ait pu avoir les jambes de travers... jamais, mademoiselle!
RENÉE
Attendez donc! Si je faisais autour de lui un... massacre de Sarrasins qui lui monteraient jusqu'à mi-corps? Qu'en dites vous, l'abbé?
Parfait, mademoiselle! (A part, avec conviction.) Raison déplus pour qu'il en ait tué trois cents! (il se remet au travail.) GERVAISE, entrant du fond.
Un papier pour vous, monsieur l'abbé. (Elle le remet et sort.)
l'abbé, se lève sur place et regarde l'écrit. Une lettre de dom Jobin.
RENÉE
Dom Jobin?
l'abbé.
C'est ce savant bénédictin qui m'a déjà donné des renseignements si précieux sur la famille.
RENÉE
Lisez.
l'i LA MAISON 1)K l'KNAHVAN.
L'ABBÉ, lisant debout, et marmottant d'abord.
... « Mon embonpoint, qui n'a feil que croître au milieu des bçnreura delà Révolution; ne me permet pas de monter jusqu'au château. » — Pauvro amil — « Jo vous attends au bas de la lôtc; j'ai à voua faire les révélations les plus graves,., (baissant la rolx) sur la personne que vous savez. »
RENÉE
Quelle personne?
l'abm':.
Un... un de nos aïeux! (A part, en remontant vers le fond.) Ah! mon Dieu! que va-t-il m'apprendrol (Au moment do sortir, il redescend a. droite do Renée.) Ah ! j'y pense, mademoiselle, M. Michaud est venu ce malin et doit revenir dans une heure. Il m'a parlé d'une combinaison qu'il veut vous soumettre à Yous-même.
Une combinaison?
l'abbé.
Qui doit relever notre fortune.
RENÉE, avec ironie.
En vérité ?
l'abbé.
Oui, mademoiselle... veuillez donc le recevoir; moi, je vais savoir des nouvelles de... de notre ancêtre, (il sort par le fond.)