ACTE DEUXIEME
chiez un jour de vous avoir laissé manquer votre destinée. Vous n'êtes pas fait pour vivre en gentilhomme campagnard. La Bretagne, le manoir paternel, les gars et le biniou, tout cela est bon en passant. Rappelez-vous vos vagues aspirations vers un monde plus vivant...
JEAN
Ah! mes rêves étaient de gloire et d'amour, et non pas d'argent. Je ne désire plus rien : vous m'aimez, je suis le maître du monde! Votre amour est un luxe d'Orient, je n'en veux pas d'autre.
HORTENSE
Mais pour conserver celui-là, tête de bois! il faut restera Paris, et on ne vit pas à Paris de l'air du temps! La passion est une belle chose, mais ce n'est pas une carrière... « Monsieur le vicomte Jean de Thommeray! — Qu'est-ce qu'il est? — Il est passionné. » — Franchement, cela ne suffit pas.
JEAN, se levant.
Je serais fort ridicule, en effet, si mon dessein était de ne rien faire.
HORTENSE
Et quelle profession prendrez-vous qui vous donne tout de suite un état dans notre monde? La profession de la gloire? Si vous aspirez à une célébrité quelconque, dites-le, et je vous permets de rester pauvre; sinon, non.
J'aspire à vivre honnêtement d'un travail honnête.
IIORTENSE.
Quel travail vous donnera chevaux et voitures? Prélemlezvous me suivre à pied dans le tourbillon qui m'emporte? Croyez-vous que ma vanité de femme y trouverait son compte?
JEAN
C'est par vanité que vous voulez faire de moi un agioteur?
HORTEN'SE.
Agioteur! II a des mots du siècle dernier! Quelle drôle d'époque que cette Bretagnel — Supposez-vous que M. de Montlouis et tant d'autres gentilshommes soient cotés agioteurs? Au lieu de faire valoir leurs terres, ils font valoir leurs capitaux, et personne ne songe à demander leur profession. Ils n'en ont pas d'autre que de mener grand train. C'en e?t une et non des moins utiles peut-être; ils sont les metteurs en circulation. Faites comme eux, soyez de votre temps, soyez de votre monde... et du mien !
JEAN
Si vous m'aimiez, Hortense, vous ne me demanderiez pas de vous suivre dans voire tourbillon, comme vous dites : vous en sortiriez vous-même.
HORTENSE
Est-ce que c'est possible? C'est mon élément, ce tourbillon ! D'ailleurs vous ne m'aimeriez bientôt plus, si je cessais d'être une des reines de la mode... Ne levez pas les épaules, c'est la vérité. Voyons, Thomé : je suis un peu votre aînée par l'âge et beaucoup par la science de la vie... croyez-moi el obéissez-moi.
Vous le voulez?
HORTENSE
Je le veux.
JEAN
Voilà l'homme qu'il faut être pour vous plaire? Vous en êtes bien sûre?
HORTENSE
Bien sûre.
JEAN
Eh bien, je léserai... et puissiez-vous ne le regretter jamais !
HORTENSE
Que voulez-vous dire? — Où allez-vous?
JEAN
Au jeu.