ACTE TROISIEME
de vous le dire, vous tournez au tragique. C'est à ne plus vous reconnaître.
Hélas! je ne me reconnais pas moi-même! Qui m'aurait dit que je serais jalouse un jour? — Ah! qui m'aurait dit que j'aimerais! — Je suis absurde; pardonnez-moi, Thomé. Je m'étais promis aujourd'hui d'être douce et gaie... mais votre surprise en me voyant ressemblait si fort à une déconvenue, que je n'ai pu me défendre... J'ai eu tort... ne vous irritez pas! Soyez bon pour moi... J'ai l'esprit malade, mon ami... Je suis si malheureuse!
JEAN
Malheureuse? En vérité, cela n'a pas le sens commun.
HORTENSE
Que voulez-vous? je vous vois si peu... Oui, je sais; votre temps ne vous appartient plus comme autrefois... Mais ma tête travaille dans la solitude. Je vous vois lancé dans un monde où les tentations vous assaillent, où les mauvais exemples vous enveloppent de tous côtés... et malgré moi, je tremble! Je me crée des chimères douloureuses, et vous prenez si peu soin de les dissiper, mon ami, que j'imagine parfois qu'il ne vous déplaît pas de me voir souffrir.
JEAN
Ah! je vous jure bien...
HORTENSE
Que cela vous ennuie?
JEAN
One cela m'afflige profondement. Vous êtes bien injuste, ma chère. Si je suis lancé dans une existence qui vous inquiète, à qui la faute?
HORTENSE
A moi seule, je le sais, et c'est une amertume de plus. Les rôles se sont intervertis pour notre malheur à tous les deux : vous êtes tel que je vous souhaitais jadis, je suis telle que vous me souhaitiez, etje regrette votre tendresse passionnée comme vous regrettez peut-être ma frivolité.
JEAN
Je ne regrette que votre confiance.
HORTENSE
Il vous serait si facile de me la rendre ! — En m'aimant un peu!
JEAN
Je vous aime de toute mon âme.
HORTENSE, timidement.
Dites-vous vrai? Je viens vous en demander une preuve.
JEAN
Parlez.
HORTENSE
Nous partons demain pour Trouville.
Si tôt?