‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 178 sur 210 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

JEAN et ROBLOT, attablés è gauche. Ils achèvent de déjeuner.

ROBLOT

Avouez, vicomte, que les villes de bains sont une jolie invention moderne! C'est la vie de château sur une grande échelle, avec plus de liberté, plus de laisser-aller, et sans châtelain. 11 n'y a pas de mélancolie qui tienne contre cette fête perpétuelle.

Croyez-vous?

ROBLOT

Voyons, ne faites pas le ténébreux; pour votre débotté, vous avez dansé hier comme un perdu au Casino.

JEAN

Je me le reproche assez... Vous m'aviez fait dîner au Champagne-

ROBLOT

Mais... voilà une bouteille de moët frappé. — Et puis comme ce grand spectaclo de l'Océan est propre à vous rasséréner lame et à vous ouvrir l'appétit! J'en suis fâché pour votre mélancolie, mon pauvre vicomte; mais depuis une demiheure vous n'avez fait que tordre et avaler d'un air triste. Décidément nous avons bien fait de venir à Trouville.

JEAN

C'est en Rretagne que je devrais être.

ROBLOT

Je croyais la question vidée! Votre rupture avec votre famille vous est très-douloureuse, je le comprends...

JEAN

Plus que je ne puis dire.

ROBLOT

Mais, en somme, ce n'est pas votre faute! Ils ont été d'une dureté pour vous!...

Oui. Mon père est sans indulgence; mais il en a le droit, étant sans reproches.

ROBLOT

Le temps raccommode bien des choses. Enfin ce qui est fait est fait. Ne pensez plus à vos vaisseaux, ils sont brûlés.

JEAN

Vous avez raison. Étourdissons-nous, (n lui tend son verre.) Le

Page 1