‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 20 sur 210 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

RENÉE, avec énergie.

Qu'est-ce que cela veut dire?

l'abbé.

Eh bien, oui, mademoiselle, il reste un Penarvan. RENÉE, avec joie.

C'est vrai!... Mais non, c'est impossible! Mon père m'a répété vingt fois que la branche cadette s'était éteinte bien avant que je fusse née.

l'abbé.

M. le marquis savait bien le contraire, mademoiselle.

RENÉE

Mais, alors, pourquoi m'a-t-il caché?... Voyons, parlez! l'abbé.

M. le marquis et son frère ne partageaient pas les mêmes opinions, vous le savez. M. le vicomte avait toujours eu du penchant pour les idées nouvelles.

RENÉE

C'était un philosophe.

Retiré près de Rennes, dans son petit domaine de la Rrigazière, il se posait en réformateur des abus; il correspondait avec M. d'Alembert.

RENÉE

Je sais, je sais.

l'abbé.

Pourtant, il n'y avait qu'un peu de froideur dans les relations, quand le vicomte Joseph ne craignit pas de s'allier à une famille de robe.

RENÉE

Et il en fut bien puni, car il mourut subitement, le jour de son mariage avec la nièce de M. de la Chalotais.

l'abbé.

C'est là qu'est votre erreur, mademoiselle; votre oncle ne mourut pas ce jour-là ; mais votre père n'avait vu dans cette alliance qu'un insolent défi ; il y répondit en notifiant la mort

de con frère à tous ses amis, et on assure quo le vicomte Joseph lui-môme reçut un billet qui lui l'aidait part de son propre décès.

RENÉE

Bien! bien! (Eiio s'assied près do l'abbé.) Mais, après la mort de mon père, quand je croyais ma famille éteinte, comment m'avez vous laissé ignorer...? comment no m'avez-vous pas révélé l'existence de mon cousin, du dernier de ma race et de mon nom? L'ABBÉ, avec embarras.

Mon Dieul... comme, de son côté, il ne nous a jamais donné signe de vie, j'ai dû croire qu'il avait hérité des sentiments...

Et c'est pour cela!... ah! monsieur l'abbé!... (Se levant agitée) Mais nous allons lui écrire, l'appeler auprès de nous... (L'abbé se lôvo.) Je ne sais rien, je ne veux rien savoir des querelles qui ont désuni nos pères. Je ne sais qu'une chose, c'est un Penarvan ; il sufiit ! (Un silence.) Eh quoi! vous vous taisez? Ma maison survit à sa ruine, et vous ne comprenez pas?... l'abbé.

Ohl je comprends très-bien, mademoiselle, mais je crains... et c'est pour cela que je me suis abstenu jusqu'ici,..

RENÉE

Voyons, que craignez vous?

l'abbé.

Eh bien, d'après ce que m'a toujours dit dom Jobin, il paraît que votre cousin ne justifie pas absolument... ou plutôt, il justifie trop les Craintes que... (Mouvement de Renée.) Oh! ce n'est pas sa faute!... Son père était un esprit fort, et on conçoit qu'avec un pareil exemple! ...

RENÉE

Achevez!

l'abbé.

Eh bien, à vingt ans, votre cousin lisait M. de Voltaire et M. Rousseau de Genève.

RENÉE

Ce fut un tort. Après?

l'abbé.

Après... dame, il est tout simple qu'il ait pris parti pour la Révolution.

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