‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 19 sur 210 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MICHAUD

Une comédie !

RENÉE

Oui, je vous connais, depuis longtemps, et je vais vous dire qui vous êtes.

MICHAUD

Qui je suis? Mais...

Vous êtes un spéculateur.

MICHAUD

Moi?

RENÉE

Et un spéculateur déloyal.

MICHAUD

Mademoiselle!

RENÉE

Je vous connais, vous dis-je! pensez-vous que, sans cela, j'aurais accepté vos prétendus services? Ne nous oblige pas qui veut, monsieur Michaud! Au bruit de mes désastres, vous avez flairé une proie, vous êtes accouru, et, profitant de ma détresse, vous m'avez arraché mes terres à vil prix.

MICHAUD

A vil prix !

RENÉE

Et voilà qu'aujourd'hui, votre impudence croissant avec ma misère, vous ajoutez l'outrage à la spoliation! vous voulez m'arracher jusqu'au berceau de ma famille; vous voulez habiter la maison de mes pères !

MICHAUD

La maison de vos pères?... Si la République avait fait son devoir, il y a longtemps qu'elle aurait mis la main dessus.

RENÉE

Qui l'en empêche? Elle peut la prendre et la détruire; mais l'acheter, je l'en défie! Ah! il vous faut nos châteaux maintenant? ah! vous vous étiez flatté de succéder ici, vous et les vôtres, à dix générations d'honneur et de vertu ? Mais depuis

il LA MAISON DE PENARVAN.

quand les renards vont-ils se lener dans l'antre dos lion<? depuis quand des oiseaux i\o basse-cour...?

MICHAUD

Hein!... c'esl les Michaud qu'on traite ainsi, après qu'on a fait la Révolution? Prenez garde, mademoiselle !

RENÉE

Vous menacez, je crois'?... et moi, je m'oublie, je m'emporte, c'est trop d'honneur que je vous fais.

MICHAUD

Ali! j'étouffe de colère!

RENÉE, lui montrant la porte.

Le grand air vous remettrai et, si vous avez besoin do vous rafraîchir, ne vous gênez pas, passez à l'office.

MICHAUD

A l'office!... Ah! monsieur votre cousin est moins fier que vous, mademoiselle.

RENÉE

Mon cousin?

MICHAUD

Oui, mademoiselle, oui, votre cousin, 'un Penarvan comme vous.

l'abbé, qui vient d'entrer.

Silence, malheureux!

MICHAUD, passant vivement derrière l'abbé. Quand je l'invite à se rafraîchir, je le fais asseoir à ma table, nous trinquons ensemble, et l'honneur est pour lui. (n sort furieux par le fond. L'abbé est tombé accablé dans le fauteuil à gaucho.)

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