‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 60 sur 210 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

PAUL, seul, se levant.

Oui, voilà les gages d'amour de madame la marquise! (il prend l'écharpe, la froisse et la rejette; puis s'asseyant sur le bras du canapé.) Et moi dont le cœur battait d'un si doux espoir! moi qui trouvais la route si longue! — Ce n'était pas moi qu'on appelait avec tant d'impatience, c'était le paladin! —Ah! la pauvre femme! la pauvre

femme! (il prend le sabre et la manie d'uno main fiévreuse.) Mais elle

prend sans doute ses rêves pour des réalités. Les choses ne peuvent en ê!re au point où elle me les a montrées... Non ! (il se lèvo

et marche.) Déjà la nuit! (On entend un tintement sourd; il écoute.) Quel

est donc ce bruit confus qu'il me semble entendre au loin? (il se met à la fenêtre à droite.) Quelle rumeur étrange! Et, là-bas, ces ombres qui glissent sur la lisière du bois? Ce sont des cavaliers!... A celte beure? en cet endroit? — Et ces lueurs subites qui brillent, par instants, dans les genêts? — Ce sont... oui. ce sont des fusils!... (Prêtant l'oroiiie.) Enfin, ce bruit que j'entendais devient plus distinct... et ce bruit... c'est le tocsin. — Ah! c'est bien sérieux... c'est la guerre ! la guerre! Ah ! (n se rassied à droite.

Germain apporte un flambeau, le pose sur le meuble à gauche, et sort.) Je

ne puis pourtant pas... Non... ma raison proteste. — Ma raison!... mais l'honneur?... — Quand on accepte l'héritage d'un grand nom, on doit l'accepter sans réserve. — Je tromperais donc les espérances que ma femme a eu le droit de concevoir? Oui, le droit! — Puis, déserter une cause à l'heure du danger... je passerais pour un lâche aux yeux de tous... aux yeux de Renée ! — Jamais... tout, excepté cela! (il se lève.) Et, d'ailleurs, contre les ennuis qui m'accablent, la guerre est un refuge qui me plait. — Allons, soyons un preux, puisqu'il le faut! Quand je me serai fait tuer, peut-être me donnera- t-elle un regret. (L'abbé parait à la porte de gauche.)

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