‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 66 sur 210 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

L'ABBÉ, PAUL, puis GEBMAIN.

Au lever du rideau, l'abbé travaille sur une table a gauche, en face du public. — Paul est assis, à droite, sur un fauteuil de malade ; il lit. — L'abbé se gratte l'oreille et lève les yeux au plafond, comme quelqu'un qui cherche une idée.

l'abbé.

Ah! c'est cela! (tl écrit.)

PAUL, lit à haute voix dans un vieux livre.

« Un jour, le roi François Ier faisait combattre des lions. Au moment de leur plus grande furie, une dame laissa tomber un de ses gants dans le parc des animaux, et, se tournant vers M. de Lorge, qui l'aimait, le pria d'aller lui chercher ce gant, s'il était vraiment son serviteur. M. de Lorge, sans hésiter, descendit parmi les lions, qui s'écartèrent devant sa fière contenance, et ramassa le gant à la pointe de son épée. Quand il revint près de la dame, au milieu d'un applaudissement universel : « Vous êtes mon héros, lui dit-elle avec orgueil, et je vous aime! » Mais M. de Lorge la salua et s'éloigna d'elle : il ne l'aimait plus! » (Fermant le livre, et rêveur.) Il ne l'aimait plus!

GERMAIN, s'approchant de Paul avec un plateau sur lequel il y a un verro de madère et des biscuits.

Monsieur le marquis!

PAUL, prenant le verre et un biscuit.

Merci! (Germain fredonne.) Tu as l'air ga;, toi, ce matin?

GERMAIN

Dame, monsieur le marquis, je n'ai pas sujet d'être mécontent. Le début de la campagne a déplissé tous nos rêves; une balle en pleine poitrine ! El nous en avions grand besoin. (Mou?omeot de Paul.) Ah! la blessure que M. le marquis a reçue a

été une bien bonne chose pour nous!

PAUL

En vérité?

l'abbé.

Le l'ait est que, maintenant, il est permis de s'en réjouir.

PAUL

Vous trouvez?

l'abbé.

Il est des traditions auxquelles on ne saurait se soustraire, et vous étiez le seul de votre race arrivé tout entier à votre âge!

PAUL

Vous savez, l'abbé? si, pour l'honneur de la famille, je ne vous parais pas suffisamment endommagé, parlez, ne vous gênez pas.

l'abbé.

A Dieu ne plaise! non, mon cher enfant, non, c'est très-bien comme cela. (Germain s'incline affirmativement avec un geste d'approbation.)

Alors tu es satisfait?

Monsieur le marquis, mes vœux sont exaucés, et je puis enfin relever la tête!

PAUL

Oui, mon garçon, oui, relève la léte... et laisse-moi. (Germain sort. Paul se lève et remonte veis la fenêtre du fond, à gauche.) Voilà mes bœufs qui ruminent là-bas, à l'ombre de ces vieux pommiers que mon père a piaulé-. Quel doux paysage, et qu'on pourrait être bien ici I

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