‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 76 sur 210 · ACTE QUATRIEME. Si · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME. Si

un être chimérique et se dévoue pour un fantôme. Vous aimez un preux, un héros. . . et je ne'suis rien de tout cela. J'ai horreur du sang et me soucie peu de la gloire. On vous a dit que je m'étais battu comme un lion?C'est bien possible; je n'en sais rien. Je me suis battu pour acquitter une dette d'honneur que j'avais contractée en vous épousant, et je suis prêt à recommencer. Mais, quand je songe à toutes les rêveries dont vous vivez et dont j'ai failli mourir, je m'indigne un peu malgré moi.— Ah! Renée, si vous aviez voulu !... au lieu de cette mort anticipée que l'on nomme la vie de Penarvan, quelle douce vie nous aurions pu mener! que de joiel que de bonheur! Je vous aimais tant, moi! (au fond, à droite, près de la porte.) Je vous vois encore, au détour du sentier, venant à moi, au pas de votre mule, dans un Ilot de lumière, qui semblait émaner de vous! Puis, quand vous êtes entrée ici, quand j'ai entendu le son de votre voix, quand j'ai senti votre main dans la mienne... Ah! la bonne matinée! Et que vous étiez belle! et que je vous ai vite aimée !

RENEE, Irès-émue.

Mon ami!

PAUL, redescendant.

Oh! oui, je vous ai bien aimée! et mille fois plus encore que vous n'avez pu le supposer! (Avec un soupir.) Mais il vous fallait un héros, et je n'étais qu'un brave garçon fait pour vous adorer!... Reprenez donc votre amour, il se trompj et ne m'appartient pas.

RENÉE

Vous perdez la raison, mon cher Paul ! votre séjour ici aura réveillé en vous quelques folles idées d'autrefois. PAUL, éclatant.

Et c'est vous... c'est vous qui traitez mes idées de folies?... Ah! tenez, madame, nous ne nous comprenons pas, nous ne nous comprendrons jamais! et nous serions moins séparés par la mort, que nous ne le sommes à vivre ensemble. Eh bien, croyez-moi, Tmissons-en! (il passe à gauche.) Puisqu'il vous plaît ainsi, restez cloîtrée dans le passé de notre famille; moi, j'en ai assez, je prétends vivre à mon gré. Vivons donc chacun de notre côté : vous, dans votre château, moi, dans ma ferme (appuyant), car, je vous le répète, vous ne m'aimez pas, vous ne m'avez jamais aimé! Moi, j'ai lu au fond de votre cœur .. et je ne vous aime plus !

RENÉE, frappâu de stupeur.

Non- nu m'aimez plus? et vous refusez de mo suivre?

PAUL

Oui, madame, oui, il faut on finir! (il se jette dans an fauteuil à gauebe.)

RENÉE, Qèrcment.

Il suffit, monsieur... je pars!

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