SCÈNE V
Les Mêmes, ANTOINETTE.
ANTOINETTE
Bonjour, mon père; comment allez-vous? Bonjour, parrain. Tu viens déjeuner avec nous? tu es bien gentil!
Il est gentil!... Qu'est-ce que je suis donc alors, moi qui l'ai invité?
ANTOINETTE
Vous êtes charmant !
POIRIER
Je ne suis charmant que quand j'invite Verdelet. C'est agréable pour moi !
ANTOINETTE
Où est mon mari?
POIRtER.
A l'écurie. Où veux-tu qu'il soit?
ANTOIiNETTE.
Est-ce que vous blâmez son gcùt pour les chevaux?... Il sied bien à un gentilhomme d'aimer les chevaux et les armes.
POIRIER
Soit ; mais je voudrais qu'il aimât autre chose.
ANTOINETTE
Il aime les arts, la peinture, la poésie, la musique.
POIRIER
Peub ! ce sont des arts d'agrément.
VERDELET
Tu voudrais qu'il aimât des arts de désagrément peut-être : qu'il jouât du piano?
C'est cela ; prends son parti devant Toinon , pour te faire bien venir d'elle, (a Antoinette.) 11 me disait encore tout à l'heure que ton mari me ruine... Le disais-tu?
VERDELET
Oui , mais tu n'as qu'à serrer les cordons de ta bourse.
POIRIER
11 est beaucoup plus simple que ce jeune homme s'occupe.
VERDELET
Il me semble qu'il s'occupe beaucoup.
POIRIER
Oui , à dépenser de l'argent du matin au soir. Je lui voudrais une occupation plus lucrative.
ANTOINETTE
Laquelle?... 11 ne peut pourtant pas vendre du drap ou de la fla;clle.
POIRIER
11 en est incapable. On ne lui demande pas tant de choses: qu'il prenne tout simplement une position conforme à son rang; une ambassade, par exemple.
VE RDELET.
Prendre une ambassade ! Ça ne se proid pas comme un rhume.
POIRIER
Quand on s'appelle le marquis de Presles, on peut prétem're à tout.
Mavs on est obligé de ne pi étendre à rien , mon père.