LA BARONNE, LE MARQUIS, BERNARD
LE MARQUIS
Mail tenant, Monsieur, nous voilà seuls, veuillez vous asseoir... je suis tout prêt à vous entendre. (// s'asseoit.)
t. By; aapj. Destournelles. le Marquis, la Baronne.
5â MADEMOISELLE DE LA SEIGLIÊRE.
BERNARD, à part ^ s" asseyant.
Contenons-nous, s'il est possible, et que chacune de mes paroles les frappe au cœur comme un remords.
Puis-je savoir d'abord , Monsieur, à qui j'ai l'honneur de parler?
BERNARD
Dans un instant , monsieur le marquis. Avant de vous dire qui je suis , j'ai besoin de rappeler à vos souvenirs des choses que vous avez oubliées , dit-on ; il vous sera facile de comprendre en m'écoutant pourquoi j'ai voulu vous voir avant de remettre ma cause entre les mains de la justice.
LE MARQUIS
Parlez donc , Monsieur , je vous écoute.
BERNARD
MoTvsieur le marquis , voilà un quart de siècle , de grandes choses allaient s'accomplir , une aurore nouvelle se levait sur la France. Vous n'étiez pas de ceux qui la saluaient alors avec amour, car vous fûtes un des premiers qui donnèrent le signal du départ. La patrie vous rappela, c'était son devoir; vous fûtes sourd à son appel , c'était sans doute votre bon plaisir ; elle confisqua vos biens , c'était sa volonté souveraine.
LE MARQUIS
Monsieur!..
Mon ami !
LA BARONNE , baS.
BERNARD
Ces biens devinrent la propriété de la nation, un de vos fermiers les acheta du prix de ses sueurs , et lorsqu'il eut recousu lambeaux par lambeaux le domaine de vos ancêtres , il s'en dépouilla comme d'un manteau et vous le mit sur les épaules.
Monsieur!...
LA BARONNE, haS.
Silence!
BERNARD
Par quel enchantement cet homme se porta-t-il à un tel excès de générosité? Comment se décida-t-il à résigner entre vos mains la sainte propriété du travail?... Madame la baronne, peut-être pourriez-vous me l'apprendre?