ACTE II, SCENE VI
LA BARONNE
Moi , Monsieur ?
BERNARD
Ce que je sais , moi , c'est que cet homme mourut sans s'être geulement réservé un coin de terre pour son dernier sommeil, vous laissant, monsieur le marquis, paisible possesseur d'une fortune qui ne vous avait coûté d'autre peine que de rentrer en France et d'ouvrir la main pour la recevoir.
LE 5IARQUIS, 86 levaiit et passant devant la Baronne qui se lève aussi.
Monsieur... un pareil langage...
BERNARD , se levant à son tour. • Oh ! vous m'entendrez... vous n'êtes pas au bout... Il faut que vous sachiez ce que vous avez fait , et ce qui vous attend.
LE MARQUIS
Prenez garde , Monsieur, je suis ici chez moi , mais je puis l'oublier.
BERNARD
Chez vous!...
Monsieur le marquis a raison, vos paroles sont cruelles, Mon. sieur, et nous blesseraient au cœur, si elles étaient méritées.
BERNARD
Il est vrai , je m'emporte. Eh bien ! Monsieur, voyons, ai-je eu tort? Mes paroles sont cruelles... Répondez , prouvez-moi qu'elles ne sont pas méritées?
LE MARQUIS
Monsieur
LA BARONNE
Asseyez-vous, mon ami. (Le Marquis s'assied dans le fauteuil occupé précédemment par la Baronne.) — Monsieur, puisque vous m'avez priée d'assister à cet entretien , vous souffrirez sans doute que j'y prenne part, et, puisque je suis en cause., que je réponde pour tous deux? {Elle s'assied ainsi que Bernard.) Vous êtes jeune, Monsieur ; cette nouvelle aurore dont vous parlez , si vous l'aviez vue poindre, vous sauriez comme nous que cô fut une aurore de sang.
i . Le Marquis, la Baronne, Bernard.
BEr.XARD.
Madame...
LE MARQUIS
Ah! pardieu ! Monsieur, j'aurais bien voulu vous y voir. Si Ton venait vous dire que ce château menace ruine , si ce parquet tremblait sous vos pieds , et que le plafond criât et craquât sur nos têtes , resteriez-vous assis tranquillement dans ce fauteuil ? Si le bourreau, la hache derrière le dos, vous appelait d'une voix câline, vous empresseriez-vous d'accourir?
Monsieur...
LA BARONNE
Crovez qu'il s'est rencontré dans les rangs de l'émigration de nobles cœurs demeurés français sur la terre étrangère; Rocroi n'exclut point Austerlitz; Bouvines.et Marengo sont sœurs; ce n'est pas le même drapeau , mais c'est toujours la France victorieuse.
LE MARQUIS, prenant une prise de tabac.
Certainement, certainement. [Bas.) Très-bien, Baronne, trèsbien.
LA BARONNE
Et ce petit compte une fois réglé, si vous tenez à savoir par quel enchantement monsieur Stamply s'est décidé à réintégrer dans ce domaine une famille qui de tout temps l'avait comblé de ses bontés, je vous dirai. Monsieur, qu'il n'a fait qu'obéir aux pieux instincts de sa belle âme.
BERNARD
En êtes-vous bien sûre, Madame? Ce que je puis vous affirmer, c'est que , du vivant de son fils, il ne se souciait pas même de savoir si cette famille existait encore.
LA BARONNE
Je crois , Monsieur , que vous calomniez sa mémoire.
BERNARD
Moi!
LA BARONNE
Si son fils revenait parmi nous. . .
BERNARD , SB levant.
Si son ûls reveuaitl.,0 Supposons qu'il revienne en effet.. Sup.