‹ ThéâtreChapitre 105 sur 254 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

posons que , laissé pour mort sur un champ de bataille , il se soit vu traîné de steppe en steppe jusqu'au fond de la Sibérie.^ Après cinq ans d'une horrible captivité, il va revoir son vieux pf^re qui ne l'attend plus... Il part, il traverse gaîment les plainys désolées. Il arrive , son père est mort , son héritage est envahi , il n'a plus ni toit ni foyer. Il s'informe, et bientôt il apprend qu'on a profité de son éloignement pour capter un vieillarc crédule et sans défense; il apprend qu'après l'avoir amené à se déposséder, on a payé ses bienfaits delà plus noire ingratitude. Quefera-t-il alors? (Ce ne sont toujours que des suppositions.) Il ira trouver les auteurs de ces lâchetés et de ces trahisons, il leur dira : C'est moi , moi que vous croyiez mort , moi le fils de l'homme que vous avez dépouillé, laissé mourir d'ennui et de chagrin; c'est moi, Bernard Stamply ! Eux, que répondraient-ils?

LA BARONNE

Ce qu'ils répondraient ?. . .

LE MARQUIS, SB levant et passont au milieu. ' C'est moi qui vais vous le dire, Monsieur..: et laissons là toute feinte, car nous savons maintenant qui vous êtes.

LA BARONNE , quî s'est levée après le Marquis^ bas. Qu'allez-vous faire?

LE MARQUIS

Laissez-moi. — Quand je rentrai dans le domaine de mes aïeux, votre père, qui était un brave homme, me reçut au seuil de cette porte et me tint ce simple discours : « Monsieur le marquis , vous êtes chez vous. » Je ne vous en dirai pas davantage : vous êtes chez vous, monsieur Bernard.

BERNARD

Monsieur le marquis, croyez vous me l'apprendre?

LE MARQUIS

Veuillez donc regarder cette maison comme la vôtre. Vous êtes arrivé avec des intentions hostiles ; je ne désespère pas de vous ramener bientôt à des sentiments meilleurs. Vous pensez avoir à exercer sur ce domaine des droits dont moi je crois être en mesure de contester la valeur: commençons par nous connaître... et plus tard un accommodement...

i. Là Baronne, le Muquis, BecotH*

BKRNARD.

Non, Monsieur, non, je n'attends rien de votre bonté, n'attendez lien de la mienne. Je ne sa's qu'un arrangement possible entre nous, c'est celui qu'a prévu la loi. Il n'est pas un coin de ce domaine que mon père n'ait arrosé de ses sueurs et aussi de ses larmes, il ne convient pas que j'en fasse le théâtre d'une comédie.

{Le Marquis remonte vers le fond du théâtre; il redescend ensuite près de la Baronne.)

LA BARONNE

Ab î Monsieur, vous n'êtes pas Bernard , vous n'êtes pas le Gis de notre vieil ami.

BERNARD

Madame la baronFxe...

LA BARONNE

Non , Monsieur. Votre père était un homme équitable, d'un sens droit, d'un cœur modéré... Ce n'est pas lui qui se fût abandonné aux transports d'une colère irréfléchie : il eût craint de céder aux suggestions de la calomnie ; avant de se décider à la haine, il eût voulu s'assurer qu'il n'était pas l'instrument de la vengeance d'un méchant.

BERNARD

Madame...

Eh ! Baronne , à son aise ; de grâce, n'insistez pas.

BERNARD

Monsieur le marquis, je ne sais rien du monde, je ne demande qu'à croire à l'honneur, au dévouement, à la loyauié... et s'il était vrai...

LA BARONNE

Eh bien , Monsieur... Permettez-moi...

(On entend des cris au dehors; Destournelles entre impétueusement.)

%. L« Marqu li, U Btroone, Benurd.

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