BERNARD, HÉLÈNE
Ce qu'il vient de dire est-il vrai , Monsieur?... Vous voulez partir, nous quitter ?
BERNARD
Oui, Mademoiselle... oui, il le faut.
HÉLÈNE
Pourquoi?... D'où peut venir cette brusque résolution?
BERNARD
Je ne puis vous le dire, Mademoiselle... Mais croyez qu'un motif impérieux...
HÉLÈNE
Je dois le croire... car sans cela... Oh! mon Dieu!... je ne sais ce que j'éprouve.. [Timidement). Monsieur Bernard , votre cœur a-t-il à se plaindre de nous ?
BERNARD , vivemeut.
Oh ! Mademoiselle , vous ne le pensez pas.
HÉLÈNE
Hélas! je ne sais que croire... qu'imaginer... Mon père aurait-il involontairement?... Il a parfois encore toute la pétulance, toutes les mutineries, tous les emportements du jeune âge... C'est un enfant, mon pauvre père; mais si bon, si charmant! S'il lui est arrivé de vous offenser, il n'en sait rien lui-même : il ne faut pas lui en vouloir.
BERNARD
Je n'ai qu'à me louer de monsieur le marquis , Mademoiselle. Je n'ai rien à lui pardonner.
HÉLÈNE
Alors, je ne puis comprendre... Si ce n'est lui... c'est moi peut-être qui, sans m'en douter, vous ai fait de la peine?
BERNARD
Vous, Mademoiselle... Vous!...
HÉLÈNE
Mon Dieu ! je cherche... je tache de savoir... cor enfin , monsieur Bernard... on ne part pas... on ne s'en va pas sans motifs.
BERNARD
Que vous dirai-je, Mademoiselle?... Ma vie s'est passée à l'armée... Je suis jeune encore... j'aime mon métier.
HÉLÈNE, souriant dUin air de doute.
Oh! la guerre est finie... On ne la recommencera pas pour vous.
BERNARD, ejubavrassé.
Non... sans doute... mais...
HÉLÈNE, lui imposant silence.
Ce n'est pas cela... soyez franc.. D'ailleurs, vous avez tout le temps de prendre un parti... Nous touchons à l'hiver; il faut rester avec nous jusqu'au printemps... Vous chasserez avec mon père, et le soir, au coin du feu, vous me raconterez vos campagnes.
BERNARD
Non, Mademoiselle, non... Vivre de votre vie est un bonheur qui n'est pas fait pour moi.
HÉLÈNE
C'est donc par fierté, par orgueil que vous voulez vous éloigner?
Par orgueil ! . . . Avec vous, Mademoiselle, je n'ai ni fierté ni orgueil.
HÉLÈNE
Mais alors, mon Dieu, pourquoi donc, pourquoi partez-vous?
BERNARD
Tenez, Mademoiselle, je souffre... Au nom du ciel, ne m'interrogez pas.
HÉLÈNE
^,:^is souffrez?... Et moi qui vous croyais heureux!... Vous Boufïfez, et je n'ea savais rien! Dites-moi vos chagrins, ouvrezmoi votre coBt»". Votre père m'appelait sa fille, ne suis-je pas voire sœur?