ACTE III, SCENE VII. §T
BERNARD
Vous êtes un ange de bonlé ; mais à quoi bon vous affliger en \Ous initiant du secret do ma douleur? Vous ne pouvez la guérir.
IlÉLJiNE.
Ne puis-je du moins l'alléger en la partageant? Qu'est-ce donc que ce mal qui s'obstine au silence et repousse la main d'une amie?
BERNARD
iih! c'est un mal étrange.., c'est un mal sans remède, et dont le secret doit mourir avec moi.
HÉLÈNE
Que voulez- vous dire?... Mon Dieu! vous m'effrayez... et je crains d'entrevoir...
BERNARD
Si je vous le disais... Ohl non, non, votre cœur ignorera toujours le martyre que j'endure.
HÉLÈNE, très-troublée.
Je n'ose poursuivre... Vous dites que votre mal est sans remède?...
BERNARD
Sans remède.
HÉLÈNE
Je devine. 11 est peut-être au monde une personnne... {Apart.) Il se tait! A ; ! m n Dieu ; Jamais une pareille pensée ne m'était venue... {Haut.) Et c'est pour cela que vous nous quittez?... Il y a donc, en effet, une personne que vous regrettez... que vous aimez peut-être... {Bernard ne répond rien, — Elle met la main sur son cœur. ) Oh ! je comprends maintenant ce que vous devez souffrir.
BERNARD
Non, non, vous ne pouvez le comprendre... Si, piu6 tard, vous connaissez l'amour, vous le connaîtrez jeune, charmant, plein d'espérances. Il n'est pas fait pour vous, le supplice do l'amour malheureux.
HÉLÈNE, avec une joie contenue.
Eh! quoi, cello que vous aimez...
BERNARD
Je l'aime d'un amour sans espoir... d'un amour insensé... Elle est tellement au-dessus de moi!
8b MADEMOISELLE DE LA SEIGLIERE.
HÉLÈNE
Au-dessus de vous, monsieur Bernard? au-dessus de vous?
J'ai mesuré la distance qui nous sépare ; Dieu m'est témoin que je n'ai pas songé un seul instant à la franchir. HÉLÈNE, souriant.
Elle est donc née sur les marches d'un trône... c'est donc une princesse de sang royal?
BERNARD
Il n'est pas de couronne dont son front n'eût rehaussé l'éclat... Elle est de noble race, elle est jeune, elle est belle, elle a tous les dons en partage ; et puis-je oser prétendre à sa main... moi , dont le drapeau est proscrit, moi qui ne suis qu'un soldat?
HÉLÈNE
Soyez pius juste envers vous-même... Quel cœur si haut placé
pourrait se croire au-dessus du vôtre?
BERNARD
Qu'entends-je?... Oh ! vous ne voudriez pas railler mon désespoir... C'est par pitié que vous parlez ainsi.
HÉLÈNE
Par pitié!...
BERNARD
Si je vous disais que c'est vous que j'aime , un tel aveu dans wa bouche ne vous offenserait donc pas ?
BÉLËNE.
Monsieur Bernard !
BERNARD
Eh bien! oui , je vous le dis, c'est vous que j'aime. Dès que je vous ai vue, j'ai senti que ma vie ne m'appartenait plus. Je déte^ tais la noblesse , le son de votre voix a suffi peur dompter ma haine ; j'avais le cœur plein de tempêtes, un seul de vos regards a suffi pour l'apaiser. Vainement j'ai voulu résister au charme qui m'envahissait, je ne pouvais m'arracher au bonheur de vous voir, de vous entendre , de m'enivrer à toute heure de votre prése. ce. Mais maintenant que vous savez ce qu'au prix de ma vie je n'aura;.- amais osé vous dire , vous comprenez , n'est-ce pas? que si je veux vous quitter, vous fuir, c'est que vous-mèiue à l'instant alle> m'en donner l'ordre; c'est que je ne puis être aimé, c'est qu'enGn tout me défend de rester auprès de vous..,..