SCÈNE VI
Les Mêmes, GASTON, LE DUC.
GASTON, présentant lo duc à sa femme.
Ma chère Antoinette, monsieur de Montmeyran ; ce n'est \,ii un inconnu pour vous.
ANTOINETTE
En effet, monsieur, Gaston m'a tant de fois parlé de vou:3, que je crois tendre la main à un ancien ami.
LE DUC
Vous ne vous trompez pas, madame; vous me faites comprendre qu'un instant peut suffire pour improviser une vieille amitié. (Bas au marquis.) Elle cst charmanto, ta femme.
GASTON, bas au duc.
Oui, elle est gentille, (a Antoinette.) J*ai une bonne nouvelle à vous annoncer, ma chère : Hector veut bien demeurer avec nous pendant tout son congé.
ANTOINETTE
Que c'est aimable à vous, monsieur! J'espère que votre congé est long?
LE DUC
Un mois, et je retourne en Afiique.
VERDELET
Vous donnez là un noble exemple, monsieur le duc ; c'est bien à vous de n'avoir pas considéi é Toisivelé comme un héritage de famille.
GASTON, à part.
Une pierre dans mon jardin! 11 finira [ ar le paver, ce bon
monsieur Verdelet. (Entre un domestique apptTtant va tableau.) LE DOMESTIQUE.
Ou vient d'apporter ce taLleau pour monsieur le marquis.
GASTON
yeUeZ'le sur cette chaise, près de la fenelre... là! c'est ^en! (l« domestique sort.) VicDs voir cela, Moulmeyran.
LE DUC
C'est charmant ! le joli effet de soir ! Ne trouvez-vous pas, madame?
ANTOINETTE
Oui, charmant!... et comme c'est vrai!... que tout cela est calme, recueilli ! On aimerait à se promener dans ce paysage silencieux.
POIRIER, k Verdelet.
Pair de France.
GASTON
Regarde-moi donc cette bande de lumière verte, qui court entre les tons orangés de Thorizon et le bleu froid du reste du ciel ! comme c'est rendu !
LE DUC
Et le premier plan !... quelle pâte, quelle solidité !
GASTON
Et le miroitement presque imperceptible de cette flaque d'eau sous le feuillage... est-ce joU!
Voyons ça. Verdelet... (s'approchant tous deux.) Eh bien! qu'est-ce que ça représente *!*
VERDELET
Parbleu ! ça représente neuf heures du soir, en été , dans les champs.
POIRIE R.
Ça n'est pas intéressant , ce sujet-là , ça ne dit rien! J'ai dans ma chambre une gravure qui représente un chien au bord de la mer, aboyant devant un chapeau de matelot... à la bonne heure! ça se comprend, c'est ingénieux, c'est simple et touchant.
GASTON
Eh bien , monsieur Poirier... puisque vous amiez les tableaux touchants, je vous en ferai faire un d'après un sujet que j'ai pris moi-même sur nature : Il y avait sur une table un petit oignon coupé en quatre, un pauvre polit oignon blanc! le couteau était à côté... Ce n'était rien et ça tirait les larmes des yeux.
V r. R D E L E T , h^i a. Poirier .
Il se moque de loi