SCENE PREMIÈRE
S'PIIJiGEL. peignant au chevalet; FRANTZ, étendu sur le divan, un journal à la main.
FRANTZ
Dis-donc, Spiegel, sais-tu qu'il y a eu un comte Sigismond d'Hildesheim?
SPIEGEL
FRANTZ
OÙ ça?
Ici, à Munich.
A quelle époque ?
FRANTZ
Vas plus tard qu'avant-bier.
Et il est déjà terminé ?
FRANTZ
Il durait depuis assez longtemps. (Lisant.) « -14 juillet 1825. Avant-hier matin est mort, à l'âge de soixante-cinq ans, le c mtî Sigismond d'Hildesheim, un des mélomanes les plus excentriques d'Allemagne. »
SPIEGEL
Un mélomane!... Ah! c'est une perte que tu fais-là, mon pauvre Frantz !
FRANTZ
Oui; mais c'est une fière aubaine pour les héritiers. (Usant.) « Il laisse une fortune d'un revenu de quatre cent mille florins, et n'a que des parents éloignés. » I! y a des gens heureux.
SPIEGEL
Il y en a beaucoup : il y a d'abord nous deux.
FRANTZ
Tu es heureux, toi?
Si je le suis!... Je me regarde tout simplement comme le plus fortuné des mortels. J'ai l'honneur d'être un honnête homme ; je ne m'occupe jamais de politique ni de bourse ; je ne vais pas dans le monde; enfin, je suis l'ami intime d'un grand artiste, nommé Frantz Wagner. Que diable peut-on souhaiter de plus?
FRANTZ
De l'argent.
SPIEGEL
De l'argent! Est-ce que nous en manquons? Il y a encore dixhuit florins dans le tiroir, sans compter trois kreutzers dans la poche de mon gilet. Tu aspires donc aux trésors de Golconde? tu en\ies le sort des nababs?
FRANTZ
Ah! Spiegel, il te sied de faire bonne mine à noire pauvreté; mais, moi qui vis de ton travail, moi qui suis réduit à accepter de toi un dévouement!...
SPIEGEL
Je suis un homme antique, un parangon de l'amitîé, c'est convenu ; mais n'en parlons plus, que dialjle ! et surtout n'y pensons plus.