‹ ThéâtreChapitre 200 sur 254 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LE BARON

Mes folies? Je suis tout simplement le plus grand financier des temps modernes. Je me flatte d'avoir apporté dans ma vie un ordre et une prévoyance dignes de Salomon.

LA MARGRAVE

léserais curieuse...

LE BARON

Rien de plus simple. Maître à vingt ans de mon patrimoine, qui n'allait qu'à cent mille florins de rente , j'avais devant moi l'héritage d'une tante et celui de mon cousin Sigismond. Mit tante, selon toutes probabilités, devait durer encore quinze ans. J'employai ces quinze années à manger magnifiquement le bien de mon père. Vous savez, margrave, si j'ai dignement soutenu l'éclat de ma maison... Au bout de quinze ans, il ne me restait pas un florin.

LA MARGRAVE

Et votre tante mourait à point?

LE BARON

Elle fut exacte. Me voilà donc à la tète de cent cinquante mille florins de revenu. Tout bien calculé, le comte Sigismond n'avait plus que quinze ans à vivre... s'il était raisonnable ; je divisai ma tante en quinze parts égales.

LA MARGRAVE

Malheureusement, le comte Sigismond se fit attendre un peu.

Vous savez, il était flâneur par nature; il fut en retard de dixhuit mois, pendant lesquels il eût été absurde de diminuer mon train. J'hypothéquai la succession de cinq cent mille florins. Pouvais-je prévoir qu'elle me glisserait entre les doigts? Maintenant, si je veux payer mes créanciers, il faudra vendre ma terre de Berghausen, que j'ai respectée jusqu'ici, et j'en serai réduit à vivre de la petite rente que m'a laissée ce mauvais plaisant de Sigismond.

LA MARGRAVE

Pauvre baron!

LE BARON

Màlâ, vdué-mêrtiê, pàiivre raargiavël

LA MARGRAVE

Oh! moi, vous savez que mon existence a toujours été simple; il n'y a que deux manières de porter un grand nom : avec magnificence ou avec austérité. Vous avez pu choisir la première... j'ai dû me résigner à la seconde. Mais, je l'avoue, j'avais rêvé pour ma fille une vie plus brillante que la mienne. La voilà maintenant bien difficile à marier. Elle est jolie et de grande maison, mais elle est sans dot !

LE BARON

Oui, ce drôle de Wagner nous escamote quatre cent mille florins de rente. Nous le regarderions comme notre débiteur que nous serions dans notre droit.

LA MARGRAVE

Nous n'avons pas d'action contre lui.

LE BARON, finement.

Mais sur lui !

Est-ce que vous entrevoyez?...

LE BARON

J'entrevois que la tête va lui tourner. Quatre cent ihille florins de rente qui vous tombent du ciel sont bien faits pour bouleverser les idées d'un pauvre diable... de celui-là surtout. Je ne l'ai vu qu'un moment, mais je suis édifié sur son compte. Il a une vanité!...

LA MARGRAVE

Quel parti pouvons-nous tirer?...

LE BARON

Vous n'entrevoyez rien, vous?

LA MARGRAVE

Non.

LE BARON

Il est très-gentil, ce petit Wagner.

LA MARGRAVn.

Vous croyez?

LE BARON

Très-gentil! Il me rappelle mon fils, mon pauvre Christian. Ne trouvez-vous pas qu'il lui ressemble?

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