‹ ThéâtreChapitre 229 sur 254 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

révélaiion vous donne la clef de bien des énigmes. Vous comprenez maintenant l'aventure du sanglier... Il fallait justifier d'avance votre adoption aux yeux du monde et vous en assurer ainsi les avantages.

FRANTZ

Ma foi, madame, je tombe des nues! Le baron n'est donc pas ruiné?

LA MARGRAVE

Il est parfaitement ruiné.

FRANTZ

Mais alors, c'est un marché que vous me proposez là?

LA MARGRAVE

C'est un marché sans doute, mais qui n'a rien d'odieux, s'il so conclut entre gens qui s'aiment et s'estiment. Si vous n'avez pour le baron ni estime ni affection, tout est dit. Quant à lui, il vous aime et fait grand cas de vous. Êtes-vous assez. modeste pour vous en étonner, assez ingrat pour vous en plaindre?

FRANTZ

Ce n'est pas par modestie, madame ; mais il est difficile de croire à la sincérité d'une affection si dispendieuse. Les dettes du baron sont un goufire où je n'entends pas jeter ma fortune. Je ne veux pas que son nom me coûte aussi cher...

LA MARGRAVE

Que lui a coûté votre symphonie, n'est-ce pas? Vous toyez bien qu'en payant ses dettes, vous ne feriez qu'une restitution, ïlassurcz-vous, vous ne feriez même qu'une avance. Le baron doit en tout cinq cent mille florins hypothéqués sur sa terre de Berghausen, qu'il s'est interdit d'aliéner et qui vaut six cent mille florins. Vous dégrèveriez la terre, dont vous hériteriez un jour, et, jusquelà, le baron vivrait honorablement du revenu. — Vous voyez qu'il n'y a là rien de semblable à un marché de dupe.

C'est vrai, madame, et je suis heureux de ces explications. Je tous avoue que j'avais pénétré vos intentions et que je souffrais pour vous de ce qu'il y avait de singulier dans votre conduite. Encore une fois, je suis heureux de croire à votre franchise et à ^otre lovauté.

LA MARGRAVE

Dites : et à notre amitié. Et maintenant que pensez-vous de ma proposition?

FRANTZ

C'est un traité fort acceptable. Le nom de Berghausen vaut bien un million pour un homme qui ne pourrait pas s'en passer. Mais je n'en suis pas là. L'aristocratie à laquelle vous avez eu l'obligeance de me présenter m'a complètement accepté ; ma fortune, ma qualilé dartiste, le talent qu'elle veut bien m'accorder, m'assurent de sa bienveillance. Je n'ai donc pas besoin d'un titre pour en avoir les bénéfices.

LA MARGRAVE

C'est possible; un grand artiste est l'égal d'un prince, et je conçois que vous ne vouliez pas mêlera ce lustre naturel un éclat emprunté...

FRANTZ

Et qui me coûterait un million.

LA MARGRAVE

N'en parlons plus ; si je me suis mêlée de cette affaire, c'était par intérêt pour vous, par amitié pour le baron.

FRANTZ

Veuillez lui expliquer mon refus de la façon la moins désobligeante.

LA MARGRAVE

Il est homme à le comprendre. Je vais lui donner vos raisons en deux mots, et soyez sûr que, tout en renonçant à l'espoir d"étre votre père, il restera pour vous le meilleur et le plus dévoué des amis. — A tout à l'heure, mon cher Frantz. (a part.) Tout va bien. (Elle sort par la droite.)

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