SCENE II
Les Mêmes, GASTON.
GASTON
Tiens, c'est lui ?... (u» s'embrassent.)
LE DOMESTIQUE, « jart.
Fichtre... j'ai dit une bêtise...
LE DUC
Cher Gasloii !
GASTON
Cher Hector ! parbleu ! je suis content de te voir!
LE DUC
Et moi donc !
GASTON
Tu ne pouvais arriver plus à propos!
LE DUC
A proiios?
GASTON
Je te conterai cela .. Mais, mon pauvre garçon, comme te voila fait! Qui reconnaîtrait, sous cette casaque, un des urirc^s
ACTD I, SCi-Nli il. 3
de la jeunesse, l'exemple et le parfait modèle des eiifants prodigues?
Après loi, mon bon. Nous nous sommes rangés to'js les deux : loi , tu l'es marié ; moi , je me suis fait soldat, et quoi que lu penses de mon uniforme, j'aime mieux mon régiment que le tien.
GASTON; jardant l'uniforme du dnc.
Bien obligé I
Lt uuc.
Oui , regarde-la, celle casaque. C'est le seul habit où l'ennui ne soit pas entré avec moi. Et ce petit crnement que tu feins de
ne pas voir .. (U montre «es galons.)
GASTON
Un galon de laine.
LE DUC
Que j'ai ramassé dans la plaine disly, mon bon.
GASTON
Et quand auras- ta l'étoile des braves?
LE DUC
Ah 1 mon cher , ne plaisantons plus là-dessus : c'était bon autrefois; aujourd'hui, la croix est ma seule ambition, et pour l'avoir je donnerais gaiement une pinte de mon sang.
GASTON
Ah çàl lu es donc un lioupier fini?
LE DUC
Hé ! ma foi , oui 1 j'aime mon métier. C'est le seul qui convienno à un gentilhomme ruiné, et je n'ai qu'un regret , c'est de ne pas l'avoir pris plus tôt. C'est amusant, vois-tu, celte îxistence active et aventureuse ; il n'y a pas jusqu'à la discipline qui n'ait son charme ; c'est sain, cela repose Tesprit d'avoir sa vie réglée d'avance, sans discussion possible et par conséquent sans irinésolulion et sans regret. C'est de là que vionnent l'insouciance et la gaieté. On sait ce qu'on doit faire, ou le fait, el on est content.
GASTOH.
A peu (Je frais.
LE DUC
Et puis, mon cher, ces idées patriotiques dont nous nom moquions au café de Paris et qnie nous traitions de chauvinisme nous gonflent diablement le cœur en face de l'ennemi. Le premier coup de canon défonce les blagues et le drapeau n'est plus un chiffon au bout d'une perche, c'est la robe même de la patrie.
GASTON
Soil ; mais ton enthousiasme pour un drapeau qui n'est pas le tien...
LE DUC
Bah ! on n'en voit plus la couleur au milieu de la fumée de la poudre.
GASTON
Enfin, tu es coulent, c'est l'essentiel. Es-tu à Paris pour longtemps?
LE DUC
Pour un mois , pas plus. Tu sais comment j'ai arrangé ma vie?
Non, comment?
LE DUC
Je ne t'ai pas dit?... C'est très-ingénieux : avant de partir, j'ai placé chez un banquier les bribes de mon patrimoine. Cent mille francs environ, dont le revenu doit me procurer tous les ans trente jours de mon ancienne existence, en sorte que j'ai soixante mille Hvres de rente pendant un mois de l'année et six sous par jour pendant les onze autres. J'ai naturellement choisi le carnaval pour mes prodigalités : il a commencé hier, j'arrive aujourd'hui et ma première visite est pour toi.
GASTON
Merci 1 Ah çà ! je n'entends pas que tu loges ailleurs que chei moi.
LE DUC
Oh! je ne veux pas te donner d'embarras...
GASTON
Tu ne m'en donneras aucun, il y a justement dans l'hôtel ut petit pavillon, au fond du jardin.