SCÈNE II
LE MARQUIS seul, puis POIRIER.
GASTON
Il n'y a pas à dire , elle est plus jolie que madame de Montjay... Que le diable m'emporte si je ne suis pas en train de devenir amoureux de ma femme',.. L'amour est. comme la fortune : pendant que nous le cherchons bien loin, il nous attend chez nous, les pieds sur les chenets. (Entre poirier.) Eh bien! cher beau-père , comment gouvernez-vous ce petit désespoir? Ètes- VDus toujours furieux contre votre panier percé de gendre? Avez-vous pris votre parti?
POIRIER
Non . monsieur ; mais j'ai pris un parti î
GASTON
Violent?
POIRIER
Nécessaire !
GASTON
Y a-t-ii de l'indiscrétion à vous demander?...
Au contraire, monsieur, c'est une explication que je vous dois.... En vous donnant ma fille et un million , je m'imaginais que vous consentiriez à prendre une position.
GASTON
Ne revenons pas là-dessus, je vous prie.
POIRIER
Je n'y reviens que pour mémoire... Je reconnais que j'ai eu tort d'imaginer qu'un gentilhomme consentirait à s'occuper comme un homme, et je passe condamnation ; mais, dans mon erreur, je vous ai laissé mettre ma maison sur un ton que je ne peux pas soutenir à moi seul ; et puisqu'il est bien convenu que nous n'avons à nous deux que ma fortune, il me paraît juste, raisonnable et nécessaire de supprimer de mon train ce qu'il me iaut rabattre de mes espérances. J'ai donc songé à quelques réformes que vous approuverez sans doute.
GASTON
Allez , Sully ! allez , Turgot !... coupez , taillez , j'y consens ! Vous me trouvez en belle humeur, profilez-en !
POIRIER
Je suis ravi de votre condescendance. J'ai donc décidé, arrêté, ordonné...
GASTON
Permettez , beau-père : si vous avez décidé, arrêté, ordonné, il me paraît superflu que vous me consultiez.
POIRIER
Aussi ne vous consulté-je pas ; je vous mets au courant , voilà toiit.
Ah ! vous ne me consultez pas?
POIRIER
Cela vous étonne?
GASTON
Ud peu mais, je vous l'ai dit , je suis en belle humeur.