‹ ThéâtreChapitre 35 sur 254 · ACTE III, SCÊNK îï · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÊNK îï

POIRIER

Ma première réforme, mon cher garçon...

GASTON

Vous voulez dire mon cher Gaston , je pense? La langue vous a fourché.

POIRIER

Cher Gaston, cher garçon... c'est tout un... De beau-pere à gendre, la familiarité est permise.

GASTON

Et de votre part, monsieur Poirier, elle me flatte et m'ho nore... Vous disiez donc que votre première réforme?...

POIRIER

C'est , monsieur, que vous me fassiez le plaisir de ne plus me gouàiller. Je suis las de vous servir de plastron.

GASTON

Là , là , monsieur Poirier, ne vous fâchez pas !

POIRIER

Je sais très-bien que vous me tenez pour un très-petit personnage et pour un très-petit esprit... mais...

Où prenez-vous cela ?

POIRIER

Mais vous saurez qu'il y a plus de cervelle dans ma pantoufle que sous votre chapeau.

GASTON

Ah! fi! voilà qui est trivial... vous parlez comme un homme du commun.

POIRIER

Je ne suis pas un marquis, moi 1

GASTON

Ne le dites pas si haut , on finirait par le croire.

POIRIER

Qu'on le croie ou non , c'est le cadet de mes soucis. Je n'ai aucuike prétention à la gentilhommerie. Dieu mejfejl je n'en fais pas assez de cas pour cela.

9i LE GENDRb Du m. POUIER.

GASTON

Vous n'*5û faites pas de cas ?

POIRIER

Non , monsieur, non ! Je suis un vieux libéral , tel que vous me voyez ; je juge les hemmes sur leur mérite, et non sur leurs titres; je me ris des hasards de la naissance; la noblesse ne m'éblouit pas, et je m'en moque comme de l'an quarante : je suis bien aise de vous l'apprendre.

Me trouveriez-vous du mérite, par hasard*]?

POIRIER

Non, monsieur, je ne vous en trouve pas.

GASTON

Non ! Ah ! Alors, pourquoi m'avez- vous donné votre fille?

POIRIER

Pourquoi je vous ai donné...

GASTON

Vous aviez donc une arrière-pen?ée?

POIRIER , embarrassé.

Une arrière-pensée?

GASTON

Permettez! Votre fille ne m'aimait pas quand vous m*avez attiré chez vous; ce n'étaient pas mes dettes qui m'avaient valu l'honneur de votre choix ; puisque ce n'est pas non plus mon titre, je suis bien obligé de croire que vous aviez une arrièrepensée.

POIRIER

Quand même, monsieur!... quand j'aurais tâché de concilier mes intérêts avec le bonheur de mon enfant? quel mal y verriez-vous? qui me reprochera, à moi qui donne un million de ma poche, qui me reprochera de choisir un gendre en état de me dédommager de mon sacrifice, quand d'ailleurs il est aimé de ma fille; j'ai pensé à elle d'abord, c'était mon devoir, à moi, ensuite, c'était mon droit.

GASTON

Je ne conteste pas, Monsieur Poirier, vous n'avez eu qu'un tort, c'est d'avoir manqué de confiance en moi.

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