ACTE III. SCÈNE II
POIRIER
Cesî que vous n'êtes pas encourageant.
GASTON
Me gardez-vous rancune de quelques plaisanteries? Jenesuîa peut-être pas le plus respectueux des gendres, et je m'en accuse, nais dans les choses sérieuses je suis sérieux. Il est trèsjuste que vous cherchiez en moi l'appui que j'ai trouvé en vous.
POIRIER, à part.
Comprendrait-il la situation?
GASTON
Voyons, cher beau-père, à quoi puis-je vous être bon? si tant est que je puisse être bon à quelque chose.
POIRIER
Eh bien, j'avais rêvé que vous iriez aux Tuileries.
GASTON
Encore ! c'est donc votre marotte de danser à la cour?
POIRIER
Il ne s'agit pas de danser. Faites-moi l'honneur de me prêter des idées moins frivoles. Je ne suis ni vain ni futile.
GASTON
Qu'êtes-vous donc, ventre-saint-gris! expliquez- vous.
POIRIER, piteusement.
Je suis ambitieux !
On dirait que vous en rougissez ; pourquoi donc? Avec l'expérience que vous avez acquise dans les affaires, vous pouvez prétendre à tout. Le commerce est la véritable école des hommes d'État.
POIRIER
C'est ce que Verdelet me disait ce matin.
GASTON
C'est là qu'on puise cette hauteur de vues, cette élévation de sentiments, ce détachement des petits intérêts qui font les BicbeJieu et les Colbert.
POIRIER
Oh ! je ne prétends pas...
«6 LE GENDRE Dli 3i. i-otRIER.
GASTON
Mais qu'est-ce qui pourrait donc bien lui convenir à ce bon monïieur Poirier? Une préfecture? fi donc! Le conseil d'État, non! Un poste diplomatique? Ah! justement l'ambassade de Gonstantinople est à prendre...
POIRIER
J'ai des goûts sédentaires : je n'entends pas le turc.
GASTON
Attendez! (lui frappant sur l'épaule.) Jo crois que la pairie vous irait comme un apnt.
POIRIER
Oh! croyez-vous?
Mais, voilà te diable! vous ne faites partie d'aucune catégorie... vous n'êtes pas encore de l'Institut.
POIRIER
Soyez donc tranquille! je paierai, quand il le faudra, trois mille francs de contributions directes. J'ai à la banque trois millions qui n'attendent qu'un mot de vous pour s'abattre sur de bonnes terres.
GASTON
Ah! Machiavel! Sixte-Quint! vous les roulerez tous 1
POIRIER
Je crois que oui.
GASTON
Mais j'aime à penser que votre ambition ne s'arrête pas en si
bon chemin ? Il vous faut un titre.
POIRIER
Oh ! oh l je ne tiens pas à ces hochets de la vanité : je suis, comme je vous le disais, un vieux libéral.
GASTON
Raison de plus. Un libéral n'est tenu de mépriser que l'ancienne noblesse; mais la nouvelle, celle qui n'a pas d'aÏHUx^.,
POIRIER
Celle qu'on ne doit qu'à soi-même !
GASTON
Vous SLTfz comte.