ACTE III, SCÈNE III
POIRIER
Vous les vendrez.
J'irai donc à pied?
LE DDC.
Ça te fera du bien. Tu ne marches pas assez.
POIRIER
D'ailleurs, je garde mon coupé bleu. Je vous le prêterai.
LE DUC
Quand il fera beau.
GASTON
Ah çà 1 monsieur Poirier ! . . .
LE DOMESTIQUE, rentrant.
Monsieur Vatel demande à parler à monsieur le marquis.
GASTON
Qu'il entre! (Entre Vatel en habit noir.) Quello OSt CCttO tCnUO,
monsieur Vatel? êtes-vous d'enterrement , ou la marée manquet-elle?
VATEL
Je viens donner ma démission à monsieur le marquis.
GASTON
Votre démission ? la veille d'une bataille 1
VATEL
Telle est l'étrange position qui m'est faite ; je dois déserter pour ne pas me déshonorer ; que monsieur le marquis daigne jeter les yeux sur le menu que m'impose monsieur Poirier.
Que vous impose monsieur Poirier? Voyons cela, (fetunt.) Le lapin sauté!
POIRIER
C'est le plat de mon vieil ami Ducaillou.
GASTON
La dinde aux marrons.
POIRIER
C'e&v le régal de mon camarade Groschenet.
GASTON
Vous traitez la rue des Bourdonnais?
POIRIER
En même temps que le faubourg Saint-Germain .
GASTON
J'accepte votre démission, Monsieur Vatel. (vatéîaort.) Ainsi demain mes amis auront l'honneur d'être présentés aux vôtres?
POIRIER
Vous l'avez dit, ils auront cet honneur... Monsieur le duc serat-il humilié de manger ma soupe entre monsieur et madame Pincebourde ?
LE DUC
Nullement. Cette petite débauche ne me déplaira pas. Madame Pincebourde doit chanter au dessert?
GASTON
Après dîner nous ferons un cent de piquet.
Ou un loto.
POIRIER
Ou un nain-jaune. '>
GASTON
Et de temps en temps, j'espère, nous renouvelleri'>ns cette bamboche.
POIRIER
Mon salon sera ouvert tous les soirs et vos amis seront toujours les bienvenus.
GASTSN.
Décidément, monsieur Poirier, votre maison va devenir un lieu de délices, une petite Capoue. Je craindrais de m'y amollir, j'en sortirai pas plus tard que demain.
POIRIER
J'en serai au regret... mais mon hôtel n'est pas une prison. Quelle carrière embrasserez-vous *? la médecine ou le barreau?
GASTON
Qui parle de cela ?
POIRIER
Les ponts et chaussées peut-être? ou le professorat? car vous ne pensez pas tenir votre rang avec neuf mille francs de rente?