ACTE I, SCÈNE II
GASTON
Que veux-tu!.... une passion de l'an dernier que je croyais morte ae froid, et qui, après mon mariage, a eu son été de la Saint-Martin. Tu vois que ce n'est ni bien sérieux ni bien inquiétant.
LE DUC
Et peut-on savoir?
GASTON
Je n'ai pas de secrets pour toi... C'est la comtesse de Monjay.
LE DUC
Je t'en fais mon compliment; mais c'est furieusement grave. J'avais songé à lui faire la cour; j'ai reculé devant les pénis d'une telle liaison , périls qui n'ont rien de chevaleresque. Tu n'ignores pas que la comtesse n'a pas do fortune personnelle?
GASTON
Qu'elle attend tout de son vieux mari, et qu'il aurait le mauvais goût de la déshériter, s'il lui découvrait une faiblesse? Je sais tc«t cela.
LE DUC
Et de gaieté de cœur, tu as repris une pareille chaîne?
GASTON
L'habitude, un reste d'amour, l'attrait du fruit défendu, le plaisir de couper l'herbe sous le pied à ce petit drôle de Pontgrimand, que je déteste...
LE DUC
Tu lui fais bien de l'honneur!
G ASTON
Que veux-tu? il m'agace les nerfs, ce petit monsieur, qui se croît de noblesse d'épée parce que monsieur Grimaud , son grandpère, était fournisseur aux armées. C'est vicomte, on ne sait comment ni pourquoi, et ça veut être plus légitimiste que nous, ça se porte à tout propos champion de la noblesse, pour avoir l'air de la représenter... Si on fait une égratignur<^ à un Montmorency, ça crie comme si on l'écorchait lui-même... Bref, il y avait entre nous deux une querelle dans l'air; elle a rre\é hier sjir à une table de lansquenet. Il en sera quitte pour un coup d'épée... ce sera le premier qu'on aura reçu dan« sa famille.
LE Dl.C.
T'a-t-il .nvoyé ses témoins?
GASTON
Je les aUends... Ta m'assisteras avec Grandiieux
LE DUC
C'est entendu.
GASTON
Tu t'installes chez moi, c'est entendu aussi?
LE DUC
Eh bien, soit.
GASTON
Ah çà ! quoique en carnaval , tu ne comptes pas rester déguisé en héros?
LE DDC.
Non. J ai écrit de là-bas à mon tailleur...
GASTON
Tiens, j'entends des voix... C'est mon beau-pere; lu vas le voir au complet, avec son ami Verdelet, son ancien associé... Parbleu... tu as de la chance.