F.E DUC
Où l'as tu rencontré?
GASTON
Il avait des fonds à placer et cherchait un emprunteur ; c'était une chance de nous rencontrer : nous nous rencontrâmes. Je ne lui offrais pas assez de garanties pour qu'il fît de moi son débiteur ; je lui en offrais assez pour qu'il fît de moi son gendre. Je pris des renseignements sur sa moralité ; je m'assurai que sa fortune venait d'une source honnête, et, ma foi, j'acceptai lu main de sa fille.
LE DUC
Avec quels appointements?
GASTON
Le bonhomme avait quatre millions, il n'en a plus que trois.
LE DUC
Un million de dot!
GASTON
Mieux que cela : tu vas voir. Il s'est engagé à payer mes dettes, et je ci ois même que c'est aujourd'hui que ce phénomène sera visible : ci, cinq cent mille francs. Il m'a remis, le jour du contrai, un coupon de rentes de vingt-cinq mille francs : ci, cinq cents autres mille francs.
ACTK 1, SCENE II. 5
LE DUC
Voilà le million ; après ?
GASTON
A près V II a tenu à ne pas se séparer de sa fille et à nous défrayer de tout dans son hôtel ; en sorte que , logé , nourn , chauffé , voiture , servi , il me reste vingt-cinq mille livres de rentes pour l'entretien de ma femme et le mien.
LF DUC.
C'Pàl très-joli.
GASTON
Attends donc !
LE DUC
Il y a encore quelque chose?
GASTON
Il a racheté le château de Presles, et je m'alten Is. d'un jour à l'autre, à trouver les titres de propriété sous ma serviette.
LE DUC
C'est un homme délicieux 1
GASTON
Attends donc !
Encore?
GASTON
Après la signature du contrat, il est venu à moi , il m'a pris les mains, et, avec une bonhomie touchante, il s'est confondu en excuses de n'avoir que soixante ans ; mais il m'a donné à entendre qu'il se dépêcherait d'en avoir quatre-vingts. Au surplus, je ne le presse pas .. il n'est pas gênant, le pauvre homme. Il se tient à sa placo, se couche comme les poules, se lève comme les coqs, règle les comptes, veille à l'exécution de mes moindres désirs ; c'est un intendant qui ne me vole pas : je le remplacerais difficilement.
LE DUC
Décidément, tu es le plus heureux des hommes.
r. ASTON.
Attends donc ! Tu pourrais croire qu'aux yeux du monde, moD
manage ma délustré, m'a décati , comme dirait M. Poirier ; rassure-ioi, je suis toujours à la mode; c'est moi qui donne le ton. Les femmes m'ont pardonné, et, enfin, comme j'avais l'honneur de te le dire, tu ne pouvais arriver plus à propos.
LE DUC
Pourquoi?
GASTON
Tu ne me comprends pas, toi, mon témoin naturel, mon second obligé?
LE DUC
Un duel !
Oui, mon cher, un joli petit duel, comme dans le bon temps... Eh bien! qu'en dis-tu? Est-il mort, ce marquis de Presles , et faut-il songer à le porter en terre?
LE DUC
Avec qui te bats-tu, et à quel propos?
GASTON
Avec le vicomte de Ponigriraaud, à propos d'une querelle de jeu.
LE DUC
Une querelle de jeu? alors cela peut s'arranger.
GASTON
Est-ce au régiment que l'on apprend à arranger les affaires d'honneur?
LE DUC
Tu l'as dit, c'est au régiment. C'est là qu'on apprend l'emploi du sang ; tu ne me persuaderas pas qu'il en faille pour terminer une querelle de jeu ?
GASTON
Et SI cette querelle de jeu n'était qu'un prétexte? s'il y avait autre choso de.^rière?
LE DUC
Une femme?
GASTON
Voilà !
LE DUC
Une intrigue! déjà ! ce n'est pas bien.