‹ ThéâtreChapitre 62 sur 254 · LE DUC · texte numérisé non relu

LE DUC

Oui, mon ami; ton duel n'est pas de ceux qu'il ne faut pas arranger, et le sacrifice dont se contente ta femme iie touche qu'à ton amour-propre.

GASTON

Des excuses, sur le terrain 1...

POIRIER

J'en ferais, moi...

VERDELET

Décidément, Poirier, tu veux forcer ton gendre à se battre?

POIRIER

Moi, je fais tout ce que je peux pour l'en empêcher.

LE DUC

Allons , Gaston , tu n'as pas le droit de refuser cette marque d'amour à ta femme.

GASTON

Eh bien ! . . . Non ! . . . c'est impossible.

ANTOINETTE

Mon pardon est à ce prix.

GASTON

Reprenez-le donc, madame, je ne porterai pas loin mon désespoir.

Ta, ra, ta, (a. Ne l'écoute pas, fifiUe; quand il aura l'épée à la main, il se défendra malgré lui. C'est comme un maître nageur qui veut se noyer : une fois dans l'eau, le diable ne Tempècherait pas de tirer sa coupe.

ANTOINETTE

Si madame deMontjay vous défendait de vous battre a vous lui obéiriez. Adieu.

GASTON

Antoinette... au nom du ciel !..«

LE DUC

Elle a mille fois raison.

9() LE 3ENDRE DE M. P01i\ÎER.

GASTON

Des excuses ! moi 1

ANTOINETTE

Ah ! vous n'avez que de l'orgueil 1

LE DUC

Voyons, Gaston, fais-toi \dolence. Je te jure que moi, à ta place, je n'hésiterais pas.

GASTON

Eh bien... A un Pontgrimaud!... Va sans moi.

LE DUC, à Antoinette.

Eh bien! madame, êtes-vous contente de lui?

Oui, Gaston, tout est réparé. Je n'ai plus rien à vous pardonner, je vous crois, je suis heureuse, je vous aime. (Le marquis

reste immotile, ]atét« basse. — Antoinette Ta à son mari, lui prend la tête dan»

ces mains et l'embrasse au front.) Et, maintenant, va te battre, va!...

GASTON

Oh ! chère femme, tu as le cœur de ma mèrol

ANTOINETTE

Celui delà mienne, monsieur...

POIRIER, à part.

Que les femmes sont bêtes, mon Dieu'

GASTON , au duc.

AMons ! vite ! nous arriverons les derniers.

ANTOINETTE

Vous tirez bien l'épée, n'est-ce pas?

LE DUC

Comme Saint-George, madame, et un poignet d'acier! Monsieur Poirier, priez pour Pontgrimaud.

ANTOINETTE, à Gast^.n.

K'allez pas tuer ce pauvre jeune homm-e, au moins.

GASTON

11 en sera quitte pour une égratignure, puisque tu m'aimes,

rartOnS, rieCtOr. (Entre un domestique aTCC une lettre sur un plat d'argc&^-j ANTOINETTE.

Encore ime lettre?

êCTE IV, SCÈNE IV. M

GASTON

Ouvrez-la vous-même.

ANTOINETTE

C'est fe première, monsieur.

GASTON

Oh ! j'en suis sûr.

ANTOINETTE outto la lettr«.

C'est de monsieur de Pontgrimaud. i

GASTON

Bah!

ANTOINETTE, Usai».

f Mon cher marquis. »

GASTON

Faquin !

ANTOINETTE

« Nous avons fait tous les deux nos preuves. »

GASTON

Dans un genre différent.

ANTOINETTE

« Je n'hésite donc pas à vous dire que je regrette un moment de vivacité. »

Oui , de vivacité de ma part.

ANTOINETTE

« Vous êtes le seul homme du monde à qui je consentisse à faire des excuses. »

GASTON

Vous me flattez , monsieur.

ANTOINETTE

« Et je ne doute pas que vous les acceptiez aussi galamment qu'elles vous sont faites.

GASTON

Ni plus ni moins.

ANTOINETTE

u Tout à vous de cœur.

« Vicomte de Pûntgrimald,

n LE GENDRE DE M. POIÎIIER.

LE DUC

II n'est pas vicomte, il n'a pas de cœur, il n*a pas de Pont ; mais iJ est Grimaud , sa lettre finit bien.

«" VERDELET, à Gaston.

Tout s'arrange pour le mieux, mon cher enfant : j'espère que vous voilà corrigé ?

GASTON

A tout jamais, cher monsieur Verdelet. A partir d'aujourd'hui, j'entre dans la vie sérieuse et calme ; et, pour rompre irrévocablement avec les folies de mon passé, je vous demande une place dans vos bureaux.

VERDELET

Dans mes bureaux ! vous ! un gentilhomme 1

GASTON

Ne dois-je pas nourrir ma femme ?

LE DUC

Tu feras comme les nobles bretons qui déposaient leur épêe au parlement avant d'entrer dans le commerce, et qui venaient la reprendre après avoir rétabli leur maison.

VERDELET

C'est bien , monsieur le marquis.

POIRIER, à part.

Exécutons-nous. (Haut.) C'est très-bien, mon gendre, voilà des sentiments véritablement libéraux. Vous étiez digne d'être un bourgeois. Nous pouvons nous entendre, faisons la paix et restez chez moi,

GASTON

Faisons la paix, je le veux bien, monsieur. Quant à rester ici , c'est autre chose. Vous m'avez fait comprendre le bonheur du charbonnier qui est maître chez lui. J3 ne vous en veux pas , mais je m'en souviendrai.

POIRIER

Et vous emmenez ma fille ? vous me laissez seul dans mon coin?

ANTOINETTE

J'irai vous voir, mon père.

Et vous serez toujours le bienvenu cliez moi.

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