LE DUC
Oui, mon ami; ton duel n'est pas de ceux qu'il ne faut pas arranger, et le sacrifice dont se contente ta femme iie touche qu'à ton amour-propre.
GASTON
Des excuses, sur le terrain 1...
POIRIER
J'en ferais, moi...
VERDELET
Décidément, Poirier, tu veux forcer ton gendre à se battre?
POIRIER
Moi, je fais tout ce que je peux pour l'en empêcher.
LE DUC
Allons , Gaston , tu n'as pas le droit de refuser cette marque d'amour à ta femme.
GASTON
Eh bien ! . . . Non ! . . . c'est impossible.
ANTOINETTE
Mon pardon est à ce prix.
GASTON
Reprenez-le donc, madame, je ne porterai pas loin mon désespoir.
Ta, ra, ta, (a. Ne l'écoute pas, fifiUe; quand il aura l'épée à la main, il se défendra malgré lui. C'est comme un maître nageur qui veut se noyer : une fois dans l'eau, le diable ne Tempècherait pas de tirer sa coupe.
ANTOINETTE
Si madame deMontjay vous défendait de vous battre a vous lui obéiriez. Adieu.
GASTON
Antoinette... au nom du ciel !..«
LE DUC
Elle a mille fois raison.
9() LE 3ENDRE DE M. P01i\ÎER.
GASTON
Des excuses ! moi 1
ANTOINETTE
Ah ! vous n'avez que de l'orgueil 1
LE DUC
Voyons, Gaston, fais-toi \dolence. Je te jure que moi, à ta place, je n'hésiterais pas.
GASTON
Eh bien... A un Pontgrimaud!... Va sans moi.
LE DUC, à Antoinette.
Eh bien! madame, êtes-vous contente de lui?
Oui, Gaston, tout est réparé. Je n'ai plus rien à vous pardonner, je vous crois, je suis heureuse, je vous aime. (Le marquis
reste immotile, ]atét« basse. — Antoinette Ta à son mari, lui prend la tête dan»
ces mains et l'embrasse au front.) Et, maintenant, va te battre, va!...
GASTON
Oh ! chère femme, tu as le cœur de ma mèrol
ANTOINETTE
Celui delà mienne, monsieur...
POIRIER, à part.
Que les femmes sont bêtes, mon Dieu'
GASTON , au duc.
AMons ! vite ! nous arriverons les derniers.
ANTOINETTE
Vous tirez bien l'épée, n'est-ce pas?
LE DUC
Comme Saint-George, madame, et un poignet d'acier! Monsieur Poirier, priez pour Pontgrimaud.
ANTOINETTE, à Gast^.n.
K'allez pas tuer ce pauvre jeune homm-e, au moins.
GASTON
11 en sera quitte pour une égratignure, puisque tu m'aimes,
rartOnS, rieCtOr. (Entre un domestique aTCC une lettre sur un plat d'argc&^-j ANTOINETTE.
Encore ime lettre?
êCTE IV, SCÈNE IV. M
GASTON
Ouvrez-la vous-même.
ANTOINETTE
C'est fe première, monsieur.
GASTON
Oh ! j'en suis sûr.
ANTOINETTE outto la lettr«.
C'est de monsieur de Pontgrimaud. i
GASTON
Bah!
ANTOINETTE, Usai».
f Mon cher marquis. »
GASTON
Faquin !
ANTOINETTE
« Nous avons fait tous les deux nos preuves. »
GASTON
Dans un genre différent.
ANTOINETTE
« Je n'hésite donc pas à vous dire que je regrette un moment de vivacité. »
Oui , de vivacité de ma part.
ANTOINETTE
« Vous êtes le seul homme du monde à qui je consentisse à faire des excuses. »
GASTON
Vous me flattez , monsieur.
ANTOINETTE
« Et je ne doute pas que vous les acceptiez aussi galamment qu'elles vous sont faites.
GASTON
Ni plus ni moins.
ANTOINETTE
u Tout à vous de cœur.
« Vicomte de Pûntgrimald,
n LE GENDRE DE M. POIÎIIER.
LE DUC
II n'est pas vicomte, il n'a pas de cœur, il n*a pas de Pont ; mais iJ est Grimaud , sa lettre finit bien.
«" VERDELET, à Gaston.
Tout s'arrange pour le mieux, mon cher enfant : j'espère que vous voilà corrigé ?
GASTON
A tout jamais, cher monsieur Verdelet. A partir d'aujourd'hui, j'entre dans la vie sérieuse et calme ; et, pour rompre irrévocablement avec les folies de mon passé, je vous demande une place dans vos bureaux.
VERDELET
Dans mes bureaux ! vous ! un gentilhomme 1
GASTON
Ne dois-je pas nourrir ma femme ?
LE DUC
Tu feras comme les nobles bretons qui déposaient leur épêe au parlement avant d'entrer dans le commerce, et qui venaient la reprendre après avoir rétabli leur maison.
VERDELET
C'est bien , monsieur le marquis.
POIRIER, à part.
Exécutons-nous. (Haut.) C'est très-bien, mon gendre, voilà des sentiments véritablement libéraux. Vous étiez digne d'être un bourgeois. Nous pouvons nous entendre, faisons la paix et restez chez moi,
GASTON
Faisons la paix, je le veux bien, monsieur. Quant à rester ici , c'est autre chose. Vous m'avez fait comprendre le bonheur du charbonnier qui est maître chez lui. J3 ne vous en veux pas , mais je m'en souviendrai.
POIRIER
Et vous emmenez ma fille ? vous me laissez seul dans mon coin?
ANTOINETTE
J'irai vous voir, mon père.
Et vous serez toujours le bienvenu cliez moi.