‹ ThéâtreChapitre 70 sur 254 · LE MARQUIS, HÉLÈNE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, HÉLÈNE

(Hélène^ aux derniers mots de la scène précédente, s'est rapprochée près de la fenêtre ouverte.)

HÉLÈNE

Le soleil a percé le brouillard : le ciel s'est éclairci ; les oiseaux chantent sous la feuillée. La belle matinée, mon père !

LE MARQUIS

Oui, la journée s'annonce bien. [Se frottant les ?nains.) Jamais, je crois, je ne me suis senti si dispos. Décidément la vie est bonne ; ceux qui le nient sont des ingrats.

HÉLÈNE

Que j'aime à vous entendre parler ainsi 1

LE MARQUIS

Cet air frais du matin que je respire à pleins poumons, un cerf à courir, ce déjeuner qui me fait les doux yeux, ce luxe qui m'entoure et dont je fus si longtemps sevré; que sais-je encore?... la beauté, ta jeunesse, ta grâce toujours croissante, tout me ravit, et m'enchante et m'enivre... Ma fille, ton vieux père a vingt ans.

HÉLÈNE

Que vous êtes bon !

LE MARQUIS

Et toi , n'es-tu pas heureuse?

jQ MADEMOISELLE DE LA SEIGLIÉRE.

HÉLÈNE

Oh! mon père, bien heureuse , puisque votre joie fait ma joîe, et que tout me sourit quand je vous vois sourire.

LE MARQUIS

Aimable enfant!... L'existence qu'on mène ici vaut, à tout prendre, celle que nous menions là-bas, au fond de cette ennuyeuse Alleuiagne.

HÉLÈ.NE.

Cette ennuyeuse Allemagne, vous le savez, mon père, je l'aimais; et le souvenir m'en est doux.

LE MARQUIS

Grand merci 1

HÉLÈNE

C'est là que je suis née , que j'ai grandi ; c'est là que repose ma sainte mère. Cette terre, que vous appeliez la terre de l'exil, était pour moi une patrie ; et quand il a fallu lui dire adieu , dois-je vous l'avouer? j'ai pleuré.

LE MAhQUIS.

Bien obligé!... Tu en parles frop à ton aise. Va, mon enfant, ce fut un triste jour, celui où je me vis forcé de quitter le toit de mes pères, et la France , devenue la proie d'une poignée de factieux. Si je n'eusse consulté que les instincts militaires de ma race, par la sambleu! je serais resté; mais la monarchie aux abois avait besoin de mon dévouement, je n'hésitai pas , je partis...* [Allant à la fenêtre à droite.) — Et la baronne qui n'arrive pas! —Oh ! c'est elle qui s'amusait en Allemagne... Il faut l'entendre parler de Nuremberg.

HÉLÈNE

Madame de Vaubert m'a répété souvent que votre petite colonie était pleine d'entrain et de gaieté.

LE MAilQL'IS.

Oui, d'abord, dans les premiers temps. On jouait avec la pauvreté; on trouvait ça original... Malheureusement, c'est un jeu dont on se lasse vite.

HÉLÈNB.

Le bonheur vit de peu.

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