ACTE II, SCEN E IV. 4â
mot c^t joli. Une donation! Un La Sciglière acceptant une donation ! Madame la baronne, les La Seigliere n'ont jamais rien accepté qup de la main de Dieu.
LA BARONNE , à part.
Vieil enfant !
LE MARQUIS
Une donation! Comment, ventre-de-loup, je suis chez moi, heureux, paisible, et parce qu'un vaurien qu'on croyait mort se permet de vivre, je devrai lui compter la fortune de mes ancêtres? C'est le Code qui le veut ainsi! mais ce sont donc des cannibales qui l'ont rédigé, votre Code, qui se dit civil, je crois, l'impertinent!
LA BARONNE
Voyons , Marquis , parlons sérieusement , la chose en vaut la peine. Jusqu'ici j'ai respecté vos illusions ; la gravité des circonstances ne me permet plus de ménagements. Votre ancien fermier ne vous avait rien dérobé; il ne vous devait-rien; il pouvait tout garder. C'est donc bel et bien une donation qu'il vous a faite et que vous avez acceptée.
LE MARQUIS
Sang de mes aïeux !...
Voilà pour le passé ; occupons-nous de l'avenir. Nul doute que ce Bernard n'arrive ici d'un instant à l'autre, non pas en solliciteur, mais en maître...
LE MÀBQUI9.
Mais puisqu'il a été tué à cette bataille de la Moskowa!
LA BARONNE
On l'a vu, on lui a parlé.
LE MARQUIS
Impossible !... Il est mort.
LA BARONNE
Vous êtes donc comme saint Thomas?... Eh bien! aujourd'hui même , sur le coup de midi , un avocat... de votre connaissance... celui-là même que vous avez si galamment accueilli ce malin ..
LE MARQUIS
Destournelles?... l'ingrat!...
LA BARONNE
Destournelles s'est présenté dans l'étude de l'huissier Durou»-
seau , et là , en vertu d'un plein pouvoir signé de Bernard , il a fait dresser un acte de sommation qui va tomber chez vous comme un obus, si vous n'êtes pas disposé à livrer les clefs de la place.
LE MARQUIS
Comment avez-vous pu savoir?...
Cest le petit Guichard, mon filleul, saute-ruisseau chez Durousgeau , qui a tout vu , tout entendu , et s'est échappé pour venir me donner avis de la mine chargée sous vos pieds.
LE MARQUIS
Le petit Guichard... tiens, tiens... j'ai connu sa mère autrefois... c'était Marie Bontems!... {Il fredonne). Marie... Marion... Marionnette...
LA BARONNE
Vraiment, je vous admire... Dans une heure, dans un instaiU peut-être, Bernard paraîtra devant vous; voyons, répondez , comment comptez- vous le recevoir?
Lt MARQUIS.
Qui ça?... Bernard?... qu'il aille à tous les diables!...
LA BARONNE
Pourtant, s'il se présente?...
LE MARQUIS
S'il l'osait, madame la baronne, je me souviendrais qu'il n'est pas gentilhomme, et, plus heureux que Louis XIV, je n'aurais pas à jeter ma canne par la fenêtre.
LA BARONNE
Vous êtes fou , Marquis.
LE MARQUIS
S'il faut plaider, nous plaiderons.
LA BARONNE
Marquis , vous êtes un enfant.
J'aurai pour moi le roi.
LA BARONNE
La loi sera pour lui.
LE MARQUIS
J y mangerai non dernier champ, plutôt que de lui laisser un fenn d'herbe.