‹ ThéâtreChapitre 97 sur 254 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

LA BARONNE

Mcler votre nom à des débats scandaleux! et cela pour arriver à des conclusions prévues, infaillibles, inévitables. Vous avez un blason; vous ne lui ferez pas cette injure.

LE MARQUIS

Mais, pour Dieu! madame la baronne, que voulez-vous que je fasse?

LA BARONNE

Je vais vous le dire. Savez-vocs l histoire d'un colimaçon qui s'introduisit étourdiment dans une rucbe?

LE MARQUIS

Un colimaçon !... ce doit être une histoire de votre fils...

LA BARONNE

Peu importe. Les abeilles l'empâtèrent de miel et de cire; puis lorsqu'elles l'eurent ainsi emprisonné dans sa coquille, elles roulèrent cet hôte incommode et le poussèrent hors de leur maison.

LE MARQUIS

Mais quel rapport voyez-vous entre un colimaçon?.:.

Marquis, c'est ainsi qu'il faut nous y prendre. Vous ne supposez pas que ce Bernard ait pour nous une affection bien vive? Pour achever de l'exaspérer, Destournelles, que j'ai congédié ce matin, n'aura pas manqué de se faire l'écho de tous les bruits répandus contre nous; en ce moment Bernard accourt, furieux, le cœur rempli de tempêtes. Eh bien ! il faut que sa colère avorte. Il faut que l'ouragan qui s'attend à briser des chênes, ne courbe que des roseaux.

LE MARQUIS

Je commence à comprendre.

LA BARONNE

Bernard pressent une résistance orgueilleuse; soyons doux, patients, résignés. Gardez-vous surtout de discuter vos droits ou les siens! Loin de les contrarier , flattez ses opinions. L'essentiel d'abord est de l'amener doucement à s'installer comme un hôte dans ce château. Cela fait, vous gagnez du temps... Le temps et moi nous ferons le reste.

LE MARQUIS

Ventre-saint-grisi... Madame, je jure comme Henri IV, mais

ê» MADEMOISELLE DE LA SEIGLIÊRE.

il me semble que je vais m'y prendre autrement que le Béarnais pour reconquérir mon royaume.

LA BARONNE

Le Béarnais était d'avis que Paris valait une messe.

LE MARQUIS

Passe pour une messe ; mais quel rôle allons-nous jouer ici^

LA BARONNE

Un grand rôle, Monsieur: nous allons combattre pour nos principes , pour nos autels et pour nos foyers.

LE MARQUIS

S'il s'agit de combattre, je ne reculerai pas , vive Dieu!

LA BARONNE

Que voulons-nous d'ailleurs? Il n'est pas question de réduire ce garçon à la mendicité; vous serez généreux, vous ferez bien les choses; mais, en bonne conscience, un pauvre diable qui vient de passer cinq années dans la neige, a-t-il besoin pour se sentir mollement couché d'être étendu tout de son long sur un million de propriétés?

LE MARQUIS

En bonne conscience, non... mais... cependant.

LA BARONNE

Après cela, mon vieil ami, s'il vous reste des scrupules, eh bien! ruinés de fond en comble, venez, vous et votre fille, chercher un asile dans l'humble castel des Vaubert , d'où vous pourrez contempler à votre aise votre château , les ombrages de ce beau parc, et monsieur Bernard chassant, vivant en liesse et menant grand train sur vos terres.

LE MARQUIS

Savez-vous, Baronne , aue vous avez le génie d'une Médicis?

LA BARONNE

Ingrat!... J'ai le génie du cœur. Qu'est-ce que je veux? Qu'est ce que je demande? le bonheur des êtres que j'aime. Pensez-vous que je m'effraie à l'idée ao vivre pauvrement avec vous dans mon petit manoir? Mais vous , mais votre belle Hélène , mais les enfants qui naîtront d'une union charmante...

LE MARQUIS

C'est vrai, pauvres petits!... sauvons le duvet de leur nid. (// lui baise la main.)

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