‹ Théâtre: Le candidat. Le château des cœursChapitre 127 sur 160 · COUT U RI N · texte numérisé non relu

COUT U RI N

Eh bien ! jeune fille, ce luxe de la loiieLle que tu désirais si fort, le voilà I

JEANNE

C'est donc vrai! Je ne rêve pas!

COUTURIN.

JSon, les génies supérieurs te protègent,

JEANNE

Moi!

COUTURIN.

N'en doute plus ! Aucune, grâce à nous, ne sera aussi séduisante.

JEANNE

Oh ! merci. Il va donc m'aimer.

COUTURIN.

Peut-être? Pour nltcindre à la moderne dignité

de femme, — tâche de comprendre. — pour

devenir tout à fait cet élre charmant, inextricable

et funeste commencé par Dieu et achevé par les

CINQ^UItME TABLEAU, SCÈNE IV. ]0^

poètes el les coifTeurs, si bien qu'il a fallu soixante siècles au monde avant de produire la Parisienne, il le manque encore, o petite fille, bien des choses.

JEANNE

Lesquelles ?

COUTURIN.

Eh ! tu ne sais pas saluer, sourire, pincer la bouche, cligner des yeux, ni débiter des mélancolies en prenant sur un sopha des poses de fleur battue par la brise. Comment ferais-tu, voyons, en l'entendant soupirer? et quelle serait ta réponse s'il te demandait : « M'nimes-tu? »

JEANNE

Eh bien, je répondrais : Oui.

COUTL'RINE, impérieusement.

Ça ne se dit pas, jeune fille ! C'est un mot indécent, naturel et populaire !

JEANNE

Mais comment parler? Enseigne moi !

COUTURIN.

Holà! les deux types du bon goût! Arrive/!

SCÈC^E V

Les Précédents, Deux Mannequins.

Monsieur et dame que l'on apporte. La dame est vêtue à la dernière mode. Le monsieur a une raie derrière la tète^ qui se continue, par les poils de son paletot systématiquement divisés, jusqu'au bas des reins ; elle se reproduit sur chaque jambe du pantalon} lorgnon dans Vail, chtc anglais, etc.

COUTURIN.

Considère ces deux honnêtes mannequins qui ressemblent à des humains : tâche de reproduire leurs mouvements, si tu veux avoir de belles manières. Rappelle-toi leurs discours, et, en quelque lieu que tu te trouves, à la campagne, en visite, en soirée, dans un dîner ou au spectacle, tu pourras jacasser hardiment sur la nature, la littérature, les enfants aux têtes blondes, l'idéal, le turf, et autres choses. La clef, Couturine?

// remonte les deux automates à la poitrine.

Commençons. En appuyant ici, on obtient ce qu'il faut dire devant un beau paysage.

El prenant le monsieur sous les aisselles, il le penche de droite et de gauche, comme on fait à une pendule dont le balancier est arrête, Couturine faft de même à la dame.

Partez I

LE MONSIEUR, av<c de petits gestes rapides de la main droite et l'air guilleret.

Bonjour, chère !

LA DAME, même jeu.

Bonjour, bonjour, mon bon !

/// se rapprochent ainsi des deux côtes de la scène, en roulant sur leurs roulettes, et quand ils sont arrives/ace à face, ils se secouent les mains pendant une minute avec violence, en ricanant.

LE MONSIEUR, regardant autour de lui, avec des mouvements de tête saccadés.

Tiens ! tiens ! liens ! où sommes-nous donc ?

LA DAME, minaudant et en détachant ses phrases.

Ah! la délicieuse campagne!... un site pittoresque!... et des petites fleurs! — si poétiques ! — et inutiles !... poétiques parce qu'elles sont inutiles, — inutiles parce qu'elles sont poétiques!

LE MONSIEUR, d'un ton bourru.

Moi... je la trouve bête comme chou... votre campagne ! — Du sentiment, allons donc ! — de l'élégie, ha ! ha ! ha ! — la poésie, ha ! ha ! ha ! — Je suis revenu de tout ça... ha! ha I ha!

LA DAME, avec beaucoup de gestes.

Mais cependant, permettez, si l'on taillait ces arbres... si l'on reculait ces massifs, en faisant avancer le vieux chêne, avec quelques Riines, des

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paysans bien habillés et un chemin de fer pour être à proximité, on aurait là, avouez-le, un beau sujet artistique, de quoi faire une jolie mine de plomb.

LE MONSIEUR, gaillardement.

En fait de mine, je préfère la vôtre,

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