‹ Théâtre: Le candidat. Le château des cœursChapitre 133 sur 160 · LES COLLÉGIENS · texte numérisé non relu

LES COLLÉGIENS

Nous le jurons !

/// retournent à leur place.

p8 LE CHATEAU DÉS ÊOÊUftS.

LE GRAND PONTIFE

Je suis ému, Messieurs ! Tant de raison dans cet ùge m'a touclié, et si la fête n'était pas terminée, je succomberais à mon émotion. Elle est terminée, car il n'est pas besoin de vous demander de serment, à vous...

// s'adresse auxfeinm.'s qui sont aux ftiiitres,

gardiennes et cause de notre félicité, épouses, ménagères, petites-mamans pot-au-feu! C'est par vos soins qu'il mijote ! Donc, persévérez dans vos deux préoccupations chéries : i" raccommoder les chaussettes de vos légitimes, et a" être toujours en garde contre les séductions de la gaudriole. Ne songe/ môme qu'à cela, incessamment, exclusivement. Bref, n'ouMiez pas qu3 l'attitude la plus belle p )ur une femme, sa position idéale, si j'oîe m'exprimer ainsi, est de se tenir quelque peu agenouillée, avec une ccumoire à la main, un bas de laine passé dans le bras gauche, tournant b dos à Cupidon, et la tôle perdue dans h vapeur du p )t-au-feu !

Et vous. Chat?, inconstants quadrupèdes, bohémiens des toits! Si vous n'employez pas tout votre temps et la force de votre gueule à nous prendre des souris, on vous mettra des muselières et l'on vous empalera avec la broche, puisque la Nature vous a créés pour nous être utiles. Mais, que si vous devenez sédentaires et zélés à nous

servir, on vous laissera au fond de l'asiietle quelques gouttes froides du pol-au-feu !

Et toi, Soleil, puisses-tu, btil'ant toujours modérément, te transformer en un vaste paquet de chandelles, pour nous économiser l'éclairage ! et que tes rayons fassent tomber dans le creux des mers une pluie de graisse, afin que, se chauffant à la tiédeur, tout le globe entier ne soit plu? qu'un immense pot-au-feu !

TOUS crient :

Vive le pot-au-feu !

En retirant leurs chapeaux, ce qui laisse voir distinctement leur crânes étroits et très allongés, en forme de pain de sucre.

LES FEMMES, aux fenêtres.

Comme nos maris sont bien !

Les autres corporations qui n'ont pas été nommée: s'empressent autour du pot-au-feu, et le grand pontife, décrivant mystiquement un cercle dans l'air, les asperge tous avec son écumoire. Après quoi, la séance étant levée, on retire les sièges, on se cherche et l'on s'aborde avec une certaine animation.

LES BOURGEOIS

Ah ! une belle fôle ! un remarquable discours ! Et quelle musique ! On a fait des progrès dans les arts ! C'est incontestable !...

La confusion et la rumeur peu à peu s'apaistnt, et tous se mettent à observer les horloges qui sont au-dessus de la

porte, deyjnt chaque maison. L'aiguille marque cinq heures cinquante-cinq minutes. Ils attendent le ne^ en l'air, et quand six heures sonnent, ils disent tous en même temps :

Allons dîner ! . . .

Ils entrent dans les maisons.

SCÈU^E II

La scène reste complètement vide. D'abord, on entend dans les maisons un bruit de gros baisers, ensuite un bruit de chaises ; presque aussitôt après, un bruit de cuillères sur les assiettes, et quelque temps après

DES VOIX s'élèvent et disent:

Ah ! ça fait bien !...

Un petit silence, puis cliquetis de couteaux et de fourchettes.

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